
CE QUI SE CONÇOIT BIEN S'ÉNONCE CLAIREMENT. ET LES MOTS POUR LE DIRE ARRIVENT AISÉMENT (BOILEAU) |
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| | Peur ! certe mais de quoi? | |
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| Auteur | Message |
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fraxinus
Messages: 406 Date d'inscription: 01/08/2011
 | Sujet: Peur ! certe mais de quoi? Lun 2 Jan - 17:39 | |
|  Peur! Voilà une émotion communes aux chevaux et aux cavaliers à laquelle les enseignants ont dû être souvent confrontés. C'est même l'une des raisons d'abandon de l'équitation. Juliette avait tenté de lancer la discussion sur ce sujet, et d'autres remarques sur différents posts me poussent à croire que je ne serais peut-être pas la seule à m'y intéresser. Peur, tous les cavaliers la connaissent quel que soit leur niveau; je me demande si les raisons de la peur varient et surtout de quoi avons nous peur au delà de celle de se faire mal. Enseignants avez vous pu identifier ces raisons  et comment procédez vous lorsqu'un de vos élèves à peur? |
|  | | yveskatz

Messages: 1052 Date d'inscription: 02/02/2010 Age: 65 Localisation: seine et marne
 | Sujet: Re: Peur ! certe mais de quoi? Lun 2 Jan - 18:22 | |
| J'ai déjà eu l'occasion de donner mon point de vue( j'en parle encore dans un article publié ce mois ci dans la revue en ligne Cheval savoir)- A mon sens, la première raison de cette peur qui angoisse certains cavaliers débutants tient à la peur de l'inconnu, à la méconnaissance qu'ils ont de leur partenaire. L'origine en est une approche peu pédagogique du cavalier débutant auquel on parle équitation avant de parler cheval. Peur de ne pas être à la hauteur des évènements, peur de ne pouvoir maîtriser son environnement, peur du fait de ne pas comprendre l'autre..... tout ceci entraînant un sentiment d'insécurité , néfaste à une bonne pratique , d'autant plus que le cheval ressent et exprime très bien les sentiments de son cavalier.......... Comment y remédier: faire vivre le cheval à côté du débutant, inviter le cavalier à être à l'écoute de son cheval.Un exemple: sur un autre post( le mors) , Muriel évoque le cas d'un cheval qu'elle ne peut pas retenir si elle n'agit pas dans les 3 premières foulées... chez un débutant, il est compréhensible que cela occasionne un réflexe de peur... Par contre, si le cavalier est éduqué à être à l'écoute de son cheval, il va pourvoir le sentir se contracter et se préparer à une fuite vers l'avant..Et il aura le temps d'intervenir avant que la défense n'apparaisse.. d'où sécurité et confiance........... Bien sûr, cela demande un apprentissage, long et rigoureux. Mais, en étant soi même à l'écoute de son élève(qu'il soit humain ou équin) on saura quand avancer ou s'il faut passer plus de temps sur le sujet étudié............... |
|  | | mawawa
Messages: 86 Date d'inscription: 26/11/2011
 | Sujet: Re: Peur ! certe mais de quoi? Lun 2 Jan - 18:23 | |
| en tant qu'élève et aujourd'hui cavalière qui se débrouille toute seule comme elle peut, je dirais que j'ai :
1/ peur de me faire mal. c'est une peur instinctive. je n'ai pourtant jamais fait de chute grave. j'ai même investi dans un gilet (le RXR, qui est très bien soit dit en passant, car on l'oublie quand on le porte, je craignais de ne jamais le mettre à cause de la gêne). cette peur parait très difficile à contrôler, en tout cas pour ma part....
2/ peur de faire mal (et de mal faire) : a) en perdant le contrôle de mon cheval b) en adoptant des attitudes, des réactions, un matériel inconfortable voir douloureux pour le cheval à court moyen et long terme |
|  | | fraxinus
Messages: 406 Date d'inscription: 01/08/2011
 | Sujet: Re: Peur ! certe mais de quoi? Mar 3 Jan - 17:58 | |
| Le sujet a déjà été abordé mais les discussion se sont rapidement éteintes. Malgré toute la compréhension des enseignants à l'égard de la peur cette émotion est souvent accompagné d'un sentiment de honte et abordé avec pudeur. Vos 2 interventions sont très intéressantes et révélatrices. D'une part l'enseignant qui connait son métier et ses élèves et qui sait que seule la connaissance approfondie du cheval à tout point de vue et la pratique assidue, à long terme de l'équitation peut atténuer et faire disparaître cette émotion. D'autre part Mawawa qui se pose en élève et expose très clairement un sujet qu'elle connait et qu'elle a tenté d'analyser. Votre style d'écriture illustre bien toute la distance qui peut exister entre l'élève et le maître. Ceci n'est nullement une critique mais une simple constatation. L'enseignant est dans l'analyse objective et distanciée du phénomène. (comme pour votre article que j'ignorais au moment de l'ouverture de ce sujet, en bonne feignante j'attends les mail de « chevalsavoir » pour prendre connaissance des nouveaux articles). L'élève X est dans le vécu éprouvant et angoissant et savoir que ces angoisses disparaitront au fur et à mesure de ces progrès le soulage mais ne l'aide pas au moment critique, je pense surtout aux enfants qui ont du mal à ne pas se laisser submerger par leurs émotions et donc à se remémorer et mettre en pratique les conseils donnés. Mawawa nous donne une idée des sortes de peur auxquels sont confrontés les pratiquants solitaires. La catégorie 2), peur de faire mal et de mal faire, peut être résolue par la connaissance du cheval et de l'équitation grâce à l'enseignant. Mais la peur 1) la peur instinctive, viscérale, primaire et animale qui revient quand notre cerveau reptilien prend le dessus, la « peur de mourir » m'a dit un jour une petite cavalière de 10ans, celle-là est vraiment difficile à maîtriser. Voici quelques réflexions sur le sujet que j'ai glané sur ce forum. | Citation: | Cela m'évoque immanquablement la suite de ton récit: "ne jamais montrer au cheval qu'on a peur". Eh oui, autant sur des chevaux équilibrés et bien dans leur tête, on se sent bien aussi; autant sur ces chevaux malheureux ou névrosés, on monte souvent la peur au ventre et dans un état d'esprit conflictuel (lui "rentrer dedans", lui montrer qu'on n'a pas peur, qu'on est le chef, etc.). Je ne vois pas l'intérêt d'affirmer ainsi sa domination sur de pauvres bêtes névrosées qui ne demandent qu'à se défouler dans un pré... |
| Citation: | Un ami instructeur m'a raconté comment un écuyer l'avait eng****** parce qu'il avait faillit tomber lors d'un écart de son cheval pendant la détente pour son examen...hummm, ça l'avait mise à l'aise, vous pensez bien ! Leur connaissance des émotions humaines se résumerait à "il ne faut pas montrer au cheval qu'on a peur" (citation de l'instructeur de mon centre de formation au monitorat). |
| Citation: | | Evidemment, il aurait fallut rassurer ce cheval, et dans nos réflexes de peur, se contenter de la pince des cuisses (sans les mollets) pour éviter la chute, sans se raccrocher aux rênes et en se relâchant intérieurement...La jument de jeudi matin s'est arrêtée toute seule après son départ canon (le tout en 3 foulées). Développer ce genre de réflexes de survie spécial "cavalier" m'a demandé de travailler intérieurement sur la Peur (et après tous les accidents plus ou moins graves que j'ai subit personnellement, je peux vous dire que je suis une sacrée trouillarde !). C'est plus facile à dire qu'à faire, hein ! Mais c'est possible... |
| Citation: | | Si l'on prenait avant tout la peine d'expliquer aux débutants (et moins débutants) ce qu'est le cheval (dans son caractère, son mode de vie, sa locomotion.............), ils connaitraient mieux l'être cheval et n'aurait aucune raison d'éprouver de la peur.....Car effectivement, ignorance et peur vont de pair. |
Les enseignants d'aujourd'hui reconnaissent la peur et n'hésitent pas a en parler. Ce qui est un grand progrès par rapport à autrefois et un bon moyen d'établir la communication avec les élèves clients. Parler d'un sujet aussi intime car souvent honteux et culpabilisant permet de nouer une relation plus personnelle entre enseignant et élève et rassure l'élève sur la capacité d'écoute de son enseignant et d'établir un dialogue sur les attentes des uns et des autres. Car les peurs sont multiples et en faire le tour permet une meilleure connaissance du cavalier ce qui n'est pas négligeable dans un métier qui doit mettre en adéquation deux êtres si différents: un cheval et un humain.
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|  | | mawawa
Messages: 86 Date d'inscription: 26/11/2011
 | Sujet: Re: Peur ! certe mais de quoi? Mar 3 Jan - 18:35 | |
| j'ai l'impression que la confiance dans l'enseignant permet de dénouer un peu le ventre de l'élève. l'enseignant est important. je me sens pas ex plus en confiance quand je monte devant quelqu'un pour me donner des conseils.
par contre, la connaissance du cheval (et donc de ses réactions parfois violentes) n'éloigne pas tant que ça la peur. ou alors ce n'est + la même peur que celle du débutant. c'est d'ailleurs une peur que j'ai acquise avec l'âge alors que je connais mieux les chevaux qu'avant. par ex, j'étais capable de faire la course avec une copine à cheval quand j'étais ado. aujourd'hui je refuse de galoper à deux de front par peur de me faire embarquer, de ne plus maitriser, par peur de l'accident. peur viscérale. et pourtant je n'ai pas l'impression d'être trouillarde. juste de tout mettre en oeuvre pour éviter les chutes....
enfin la peur de faire mal et mal faire, je ne sais pas si elle est si facile que celà à attenuer (mais elle est moins viscérale que l'autre peur) car les méthodes équestres sont si variées, sans parfois justifier les choix faits.... du coup il est difficile de distinguer le faux du vrai (y'a t il un faux et un vrai d'ailleurs), le + confortable du moins confortable (les chevaux ne peuvent pas nous parler), etc. par ex, les modifications des filets ces dernières années montrent que certains se penchent sur le confort du cheval aujourd'hui. et pourtant, il y a 1 siècle, les cavaliers n'étaient pas moins compétents au contraire (démocratisation oblige). |
|  | | fraxinus
Messages: 406 Date d'inscription: 01/08/2011
 | Sujet: Re: Peur ! certe mais de quoi? Mer 4 Jan - 17:36 | |
| Puisque nous sommes entre nous, moi aussi j'ai des aveux à vous faire; | Citation: | | par contre, la connaissance du cheval (et donc de ses réactions parfois violentes) n'éloigne pas tant que ça la peur. ou alors ce n'est + la même peur que celle du débutant. c'est d'ailleurs une peur que j'ai acquise avec l'âge alors que je connais mieux les chevaux qu'avant. par ex, j'étais capable de faire la course avec une copine à cheval quand j'étais ado. aujourd'hui je refuse de galoper à deux de front par peur de me faire embarquer, de ne plus maitriser, par peur de l'accident. peur viscérale. et pourtant je n'ai pas l'impression d'être trouillarde. juste de tout mettre en oeuvre pour éviter les chutes.... |
C'est peut-être parce qu'on a plus conscience du danger de certaines situations, la connaissance et l'âge et l'expérience entraîne la prudence. Mon instructeur disait que les femmes qui avaient pouliner pardon enfanter étaient plus craintives sur les barres. Je plaisante, mais c'est ce qu'il avait constaté en général, les règles comportant toujours leur lot d'exception même célèbres.
| Citation: | | enfin la peur de faire mal et mal faire, je ne sais pas si elle est si facile que celà à attenuer (mais elle est moins viscérale que l'autre peur) car les méthodes équestres sont si variées, sans parfois justifier les choix faits.... du coup il est difficile de distinguer le faux du vrai (y'a t il un faux et un vrai d'ailleurs), le + confortable du moins confortable (les chevaux ne peuvent pas nous parler), etc. par ex, les modifications des filets ces dernières années montrent que certains se penchent sur le confort du cheval aujourd'hui. et pourtant, il y a 1 siècle, les cavaliers n'étaient pas moins compétents au contraire (démocratisation oblige). |
Celle-là aussi est une vieille compagne. Lorsqu'il fallait remettre au travail un cheval qui avait été arr^ter de 1 à 6 mois en boxe pour blessures diverses et variées et autres complications , les premières sorties de boxe se font en main et « l'animal » ,tout à sa joie de revoir le jour, est souvent oublieux de tout ce qui n'est pas son envie de se défouler alors qu'il est sensé rester gentiment au pas pour se ménager. C'est incroyable ce qu'on peut se sentir minuscule et insignifiante dans certaines situations, surtout quand « sa majesté » ne se prive pas de dire: « lâche-moi, larve, ou je ne réponds plus de rien » et que l'on sait pertinemment que si on lâche on sera bonne à recommencer à soigner. J'en étais arrivée au point d'en cauchemarder tant l'un d'eux avait réussi à m'effrayer.
Pour les méthodes et matériel j'ai tendance à faire plus confiance au cheval , mais il est vrai qu'ils ne sont pas tous dotés de bon sens et que la variété de ce qui s'offre à nous aujourd'hui est parfois déconcertante.
| Citation: | | j'ai l'impression que la confiance dans l'enseignant permet de dénouer un peu le ventre de l'élève. l'enseignant est important. je me sens pas ex plus en confiance quand je monte devant quelqu'un pour me donner des conseils. |
À condition que la confiance soit là. Car qui croire le cheval ou l'humain?
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|  | | Muriel Le Mestric

Messages: 629 Date d'inscription: 01/02/2010 Age: 32 Localisation: Morbihan
 | Sujet: Re: Peur ! certe mais de quoi? Jeu 5 Jan - 18:23 | |
| poste intéressant...j'en avais posté un il y a qq temps, mais dans la partie du forum réservée aux enseignants. Je développerais certaines peurs déjà citées, et en rajouterais une ou deux...
Dans la catégorie des peurs de faire mal :
On craint que le cheval se fâche et devienne violent (on revient à la peur de l'accident). C'est assez courant chez les débutants qui ne connaissent pas très bien les chevaux.
On craint de perdre l'amitié du cheval. La "peur du rejet" est une autre peur viscéralement ancrée dans notre petite enfance : à cet âge, être rejeté, abandonné est synonyme de mort. Donc la "peur du rejet" peut être chez certaines personnes une terreur viscérale (à divers degré)...même à l'âge adulte, et même avec un simple cheval.
Les peurs de mal faire sont très diverses :
Celà vient de notre société qui voue un véritable culte au résultat, et ce dès le plus jeune âge : certains enfants subissent une forte pression pour "avoir de bonnes notes à l'école". On peut revenir là aussi à la "peur du rejet" en cas d'échec.
J'ai eu le cas d'une petite fille (7 ans) qui fond en larme à l'annonce d'un nouvel exercice : passer par dessus une barre au pas (ce qu'elle venait de faire plusieurs fois les yeux fermés, sans la moindre crainte) en disant quel sabot est passé en premier par dessus (en sentant dans l'assiette). En parlant avec elle, elle finit par m'avouer qu'elle a peur de ne pas réussir. Je lui explique que l'école des poneys n'est pas comme l'école des enfants : pas de notes (ce poney club ne faisait pas passer de Galops), pas de punition si on fait mal, etc...Je lui ai expliqué qu'on avait le droit de se tromper et de ne pas réussir du premier coup. Et même si on ne réussit pas du tout, c'est pas grave, le principal est d'être avec les poneys et de les aimer... Rassurée sur l'absence d'attente de résultat de ma part, elle a passé la barre les yeux fermés et m'a annoncé quel sabot est passé en premier, sans se tromper ! Ce qui m'a le plus surprise à ce soir là, c'est qu'en rentrant les poneys au pré, tous les cavaliers ont commenté cela : "c'est chouette de pouvoir se tromper" "en plus, c'est vrai qu'on a jamais de devoir et de note", "'l'école des poneys, c'est vraiment pas pareil qu'à notre école à nous, et pas seulement parce qu'il y a Princesse". En fait, tout le groupe en a été profondément rassuré : j'ai compris ce soir là, que cette peur est bcp plus répandue qu'on ne le croit, même si les cavaliers n'en parlent pas.
J'ai connu un cas encore plus compliqué : une fille (11 ans) monte aux Jardins d'Akita où je me suis formée à une forme d'équitation basée sur les émotions. Cette jeune cavalière est incapable de prendre une décision. Mon enseignante (qui est aussi la sienne) me racontait qu'un jour, elle lui avait donné comme consigne de "faire une volte quand elle voudra", et la cavalière est restée 20 minutes à marcher sur la piste, incapable de se décider à quelle lettre faire sa volte (il est difficile pour l'enseignant de rester patienter sans agacement et sans prendre de décision à sa place). Un jour j'ai eu cette fillette comme élève. Je lui demande ce qu'elle veut faire "je ne sais pas, peu m'importe, c'est vous qui décidez", je lui demande qui elle veut monter et j'obtiens exactement la même réponse. Nous partons en balade : j'ai mon idée sur l'exercice de la balade. A un moment, nous devons mettre pied à terre pour franchir un passage difficile. Une fois cette difficulté franchie, je lui annonce "c'est toi qui décide quand nous remontons sur les chevaux." Son regard fond par terre. Je continue "je resterai à pied avec toi, tant que tu n'auras pas pris cette décision" (je la mets devant sa responsabilité : cette fois, je ne déciderai pas à sa place, comme pour la balade et le cheval à monter) et j'ajoute d'un ton très doux "si on fait toute la balade à pied, c'est pas grave" (pas d'attente de résultat, pas d'échec en cas de "non décision"). Assez rapidement, elle a demandé si on pouvait monter "maintenant"...ce qui fut fait. Pdt cette balade, sur le chemin du retour, le même exercice s'est présenté, et elle a demandé à remonter tout de suite la difficulté franchie. Pour elle, c'était "énorme".
Une variante à la difficulté de mal faire est la peur du regard des autres, lié à la peur d'être jugé (sur nos résultats : on en revient à la peur de l'échec...en public cette fois). Lorsque du monde vient regarder mes cours, je demande toujours à l'élève (ou les élèves s'il y en a plusieurs) si ça ne les dérange pas...surtout si c'est leur famille (car les parents sont souvent les premiers à pousser au résultat). Là aussi, j'ai 2 anecdotes.
Il y a plusieurs années, lors d'une saison de "colo poney", j'avais un groupe d'une douzaine de cavaliers présents pour la semaine. La première séance vise à évaluer leur niveau respectif. Je leur demande de faire un tour de trot (vérification du trot enlevé), individuellement (vérification de l'autonomie), tenu s'ils le veulent (vérification des peurs). Quand vient le tour d'une cavalière, elle pleure et refuse de faire. Je lui propose de tenir son cheval. Nouveau refus. Je descends encore la facilité de l'exercice : un tour au pas (elle venait de marcher 2 ou 3 tours sans pb en reprise). Nouveau refus. Idem pour un tour de pas en la tenant. Et j'ai l'illumination de lui demander si c'est parce qu'elle ne veut pas que les autres la regardent...je fais mouche ! Je demande donc aux autres cavaliers de fermer les yeux ou de regarder ailleurs : ils ont tous jouer le jeu. Et ma petite timide a très bien fait son tour de trot enlevé.
Une monitrice d'équitation a raconté ce qui lui était arrivé une fois. Une inconnue regarde son cours : elle se met dans un coin, discrètement sans rien dire...La monitrice s'agace de cette spectatrice inattendue : elle sent que cette personne n'aime pas son cour. Elle finit par lui demander d'aller voir ailleurs ! Elle apprend à la fin du cour que cette spectatrice était une femme mal dans sa peau, très timide, etc...et que son comportement "renfrogné" au bord du manège n'était pas de la désapprobation envers son enseignement, mais l'expression de son malêtre intérieur. Vous pensez comme elle fut désolée de sa réaction...
Il me vient une dernière peur, plus particulière : la Peur du Noir !
Fermer les yeux implique une perte de contrôle de l'environnement par cécité : la vue est notre sens principal de perception de ce qui nous entoure. Si on se déplace, on y ajoute la confiance envers celui qui nous guide et/ou qui nous porte ! Fermer les yeux implique un certain "lâcher-prise" dont certaines personnes sont incapables : accepter de ne pas voir ce qui nous entoure, accepter de s'en remettre un quelqu'un, voire à un animal. |
|  | | Aurore-Akab
Messages: 41 Date d'inscription: 03/09/2011
 | Sujet: Re: Peur ! certe mais de quoi? Jeu 5 Jan - 21:28 | |
| aaaah les pétoches... Ca mérite presque une dissertation !
Ce que dit Yves(connaissance du CHEVAL, puis de l'équitation) est le reflet de comment en tant qu' enseignant on peux gérer la peur. Cela peut paraître assez désincarnée comme attitude ; ce que souligne légèrement fraxinus en parlant de "distance" qui transparaît ds le style d'ailleurs à l'égard de l'intervention mawawa. Et pourtant, je peux vous dire que parfois je ressens une peur tangible quand je sens mes cavaliers peu à l'aise ou simplement quand la situation se corse.
Ma dernière anecdote en la matière, je l'ai vécue donc en tant qu'enseignante :
Je fais cours à deux jeunes cavalières et leur unique cheval (oui, c'est un concept nouveau, je pourrais développer). Mon cheval est héberger chez un particulier dont les filles sont d'anciennes cavalières à moi, je fais cours en échange de l'hébergement d'Akab(dans un camping) où la patûre est belle, où nous avons donc créer un nouveau troupeau : mon cheval, le leur et leur poney. Et à chaque fois qu'on en sors un pour bosser, c'est souvent de longs échanges entre eux dans un premier temps. Sauf que ce jour là, l'ambiance est électrique, les chevaux n'arrêtent pas de s'appeler, c'est à moitié la tempête, nous n'avons qu'une petite carrière, et je dois faire cours avec les filles et Kingfish ... Au début je me suis demandée si c'était une bonne idée. D'autant que pas besoin de le dire pour comprendre que les pépettes avaient les chocottes... Je suis sûre qu'elles auraient presqu' été soulagées si j'avais annulé !!!
J'aime beaucoup ce cours là, en fait c'est mes premiers cavaliers que je gère sans avoir un patron sur le dos. Je m'explique : depuis début novembre, nous effectuons une séance par semaine, nous n'avons été en selle que deux fois et toutes les autres séances ont été consacré au travail à pied. Ca m'a permis ce fameux jour de tempête, d'avoir une séance de travail, certes à pied , mais constructive avec un cheval assez nerveux au début mais franchement connecté à la fin, et des cavalières épatées d'avoir eu le dessus sur la situation d'angoisse qui se présentait à elles.
J'ai eu moi aussi peur du déroulement de la séance, et je n ai pas voulu faire une séance montée, mais les cavalières ont profité de ce travail de mise en confiance PARCE QUE j'ai pu faire les choses à ma façon et comme je le sentais, ce qui même avec des patrons extras n'est toujours aisé !!! |
|  | | Muriel Le Mestric

Messages: 629 Date d'inscription: 01/02/2010 Age: 32 Localisation: Morbihan
 | Sujet: Re: Peur ! certe mais de quoi? Jeu 5 Jan - 23:29 | |
| Certes, la prudence s'oppose à la peur : si on sent qu'une situation risque de dégénérer, on s'adapte en proposant une séance à portée de l'élève, chaque exercice doit toujours rester à sa portée...mais aussi à la notre (quand par exemple, on se sent fatigué ou préoccupé). Un exercice est à la portée d'une personne, tant physiquement, que techniquement...et émotionnellement puisque c'est le sujet du topic.
La prudence est une forme de peur raisonnée. Car la peur est inévitable, elle est même bénéfique puisqu'elle nous prévient d'un danger. Je raconte souvent la même histoire/devinette (surtout aux enfants) pour expliquer à quoi sert la peur : "tu te promènes dans la jungle et tu vois un tigre qui vient vers toi. Il te fais peur, que fais tu ? Je m'enfuis, je me cache, me met à l'abri. Maintenant, si c'est quelqu'un qui n'a pas peur qui rencontre le tigre, que se passe-t-il ? Il se fait manger". La peur est donc une émotion aussi importante qu'utile. Il ne faut pas la nier, ou vouloir s'en débarrasser.
Le problème arrive lorsque la peur devient irraisonnée et/ou paralysante (ou qu'elle nous fait perdre nos moyens par exemple, ou tout autre manifestation inadéquate de la peur). On a beau se raisonner, le mental est plus puissant. La peur vient d'une projection à la situation présente que le mental a puisé dans le passé. Ce passé peut être bien sur un évènement semblable s'est déjà produit et vécu personnellement, mais la peur peut survenir même s'il a juste été vu (par exemple, si quelqu'un tombe au galop, les cavaliers suivants peuvent être un peu "refroidis" pour galoper à leur tour), ou même si quelqu'un en a simplement parlé ("attention, le poney va te marcher sur les pieds" : et le petit bout de chou ne voudra plus s'approcher du poney à moins de 5m !). Ne sous-estimez pas la puissance de ces projections par annonce verbale : bcp de personne ont la phobie des araignées sans jamais avoir été sauvagement attaquée par une arachnéidée, ni même avoir assisté à une telle attaque...mais juste en ayant vu d'autres personnes paniquer à leur vue. Et la Raison n'y peut souvent pas grand chose lorsque la peur devient irraisonnée : rassurer la personne devient alors vain.
Le processus que je pratique dans ces cas là est assez efficace, mais il suit un certain processus (je l'ai appris aux jardins d'Akita. Je commence par apprendre à la personne à entrer dans une forme de méditation active (c'est à dire, en ayant une activité en même temps, par exemple, marcher à pied avec le cheval, ou le monter) : la méditation déconnecte le mental. A ce stade, la peur est tjs présente car le cerveau reptilien reste actif pdt la méditation : on en identifie les manifestations physiques à cet instant (rythme cardiaque et respiratoire accéléré, boule au ventre, etc...) La personne retrouve alors une certaine connexion avec son corps, elle se rend alors compte qu'aucun chien n'attaque le cheval...que le cheval n'est pas en train de partir au galop, ni de se renverser en arrière...qu'il est paisible et détendu...qu'il est immobile...que s'il se gratte, ça ne présente aucun danger pour son cavalier...qu'il est tenu en longe par l'enseignant. Alors seulement, le cerveau reptilien se tranquilise et la peur diminue (voire disparait complètement, mais chez certaines personnes, on n'obtient qu'une petite diminution, progressivement au fil des séances). Dans ce processus, l'enseignant doit accompagner l'élève dans sa méditation. Il est aussi possible de le faire seul (j'ai eu à le faire pour moi-même, une seule fois pour l'instant) : ça a bien fonctionné pour moi...mais j'avais déjà une certaine habitude de cet état de méditation active, hors contexte de peur. |
|  | | yveskatz

Messages: 1052 Date d'inscription: 02/02/2010 Age: 65 Localisation: seine et marne
 | Sujet: Re: Peur ! certe mais de quoi? Sam 7 Jan - 10:16 | |
| Lutter contre sa peur, c'est aussi être invité à penser, à faire...tout autre chose que ce qui nous contracte...Sur un autre forum, une enseignante parle de l'expérience qu'elle vient d'avoir avec une élève: celle ci , crispée, a accepté de se décontracter, après avoir pris un chaton dans ses mains, tout en restant sur son cheval.plus préoccupée par cet animal dan ses es bras, elle en a oublié le cheval en mouvement et s'est progressivement, inconsciemment, décontractée.......... C'est pour cela que face à une personne anxieuse, il est important de parler, de l'inviter à discuter de tout et de rien............... Vous allez me répondre que ce n'est pas de l'équitation: mais si, car hors ces conditions psychologiques, l'enseignement passera mal............ Vous me rétorquerez que vous n'êtes pas psychologue: je répondrai que l'enseignant doit être psychologue..... Vous vous excuserez en disant que vous n'avez pas été formé à de telles situations.............je mettrai alors en avant la faiblesse, la médiocrité des formations que l'on propose aujourd'hui........................ |
|  | | Aurore-Akab
Messages: 41 Date d'inscription: 03/09/2011
 | Sujet: Re: Peur ! certe mais de quoi? Sam 7 Jan - 16:21 | |
| Yves et Muriel vous vous rejoignez, il s'agit bien de déconnecter le mental parasite pour gérer la peur de nos cavaliers. Les exemples que vous présentez sont très intéressant, et d'ailleurs je ne demanderais qu'à les appliquer pour peu qu'on me fournisse un assistant pédagogique (que ce soit un chaton ou un formateur à la méthode de muriel) !
En attendant, il existe des exercices quelque soit le niveau du cavlalier et du cheval, qui ont pour but de mettre en confiance le couple, ou l'un ou l'autre. Il faut les exploiter régulièrement. On parle en formation monitorat des 3 fondamentaux classique s'équilibrer, avancer, tourner. Eh bien, Yves, tu fustiges les formations et tu as bien raison puisque depuis mes débuts sur ce forum je n'ai de cesse de dire qu'elle a été pour moi odieuse, frustrante et incomplète. Pourtant en formation BAP, on vous demande de travailler sur un "fondamental" supplémentaire : mise en confiance !!! Et le BAP est (était pardon) sensé être un dipôme inférieur au BP JEPS... Bref aussi médiocre fusse notre formation, on peut quand quand même évoluer après, s'interroger, chercher. Ca s'appelle peut être l'expérience du terrain ? Je mentionnerai également les 3 fondamentaux de l'équitation éthologique : Respect, confiance, connexion Je vois pas comment de toute façon on peut bien faire son métier en se cantonnant à "s'équilibrer, avancer, tourner". La relation homme/cheval n'est pas que technique, finalement celle-ci ne vient que tardivement, quand le cavalier aura mérité de son cheval que celui-ci veuille bien se rendre disponible.
Alors pensez-donc, parler d'inconscient et de méditation, dans un monde où on a une vision dichotomique du corps et de l'esprit, y a du boulot !
Mais oui, la peur peut se maîtriser par les spectres de la méditation, de la décontraction. Pour ce qui est du dialogue, il me paraît évident, Yves et Muriel vous le mettez en lumière tous les deux. J'invite également les cavaliers qui lisent ce post à faire le premier pas et à parler de leur peur à leur enseignant car nous ne sommes pas infaillibles et passons parfois à côté en motivant nos cavaliers à poursuivre dans l'exercice quand ceux-ci commencent à éprouver une appréhension. Car si l'enseignant est sûr des capacités d'un couple, parfois le cavalier doute.Je n'ai jamais aussi bien gérer quand la peur de mes cavalier quand ils m'en parlent spontanément. Ma réaction a toujours été de confier à mes cavaliers que même les moniteurs avaient peur.
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|  | | Aurore-Akab
Messages: 41 Date d'inscription: 03/09/2011
 | Sujet: Re: Peur ! certe mais de quoi? Sam 7 Jan - 16:23 | |
| oups pas pas clair du tout la dernière phrase, l'ai pas relu ... |
|  | | Muriel Le Mestric

Messages: 629 Date d'inscription: 01/02/2010 Age: 32 Localisation: Morbihan
 | Sujet: Re: Peur ! certe mais de quoi? Sam 7 Jan - 18:49 | |
| | Aurore-Akab a écrit: | | je ne demanderais qu'à les appliquer pour peu qu'on me fournisse un assistant pédagogique (que ce soit un chaton ou un formateur à la méthode de muriel) ! |
[url]www.jardins-akita.fr/[/url]
| Aurore-Akab a écrit: | Alors pensez-donc, parler d'inconscient et de méditation, dans un monde où on a une vision dichotomique du corps et de l'esprit, y a du boulot !
|
De plus en plus de cavaliers prennent conscience que notre société a justement un problème à cause de ça. C'est le grand retour de la vague new age, du bien-être, le développement des médecines alternatives qui prennent en compte la liaison globale entre le corps et l'esprit (notamment à partir de la médecine traditionnelle chinoise ou la médecine quantique). Bien sur, il y a du boulot. Mais ceux qui préfèrent rester dans leurs peurs avec leurs problèmes...qu'ils y restent ! Un jour peut-être, ils se réveilleront et prendront conscience : ça leur sera d'autant moins difficile s'ils entendent parler d'une autre voie possible. Et s'ils préfèrent rester avec leurs peurs et leurs problèmes : ça reste LEUR problème, pas le notre. Tant pis pour eux, on ne peut pas forcer ces gens à changer. Mais le monde peut changer autour de nous en devenant ce que nous sommes : pas de pression de notre part, mais juste leur montrer un exemple différent, qu'ils pourront essayer de suivre si ça les tente. |
|  | | zabot29

Messages: 56 Date d'inscription: 15/12/2011
 | Sujet: Re: Peur ! certe mais de quoi? Dim 8 Jan - 0:32 | |
| Oui Mr Katz, l'enseignant se doit d'être psychologue .. ou tout au moins suffisamment empathique avec ses élèves pour que ceux-ci éprouve au moins le sentiment qu'on le comprend , qu'on accepte ses difficultés . Dans le club où j'ai monté un temps, l'un des moniteurs était très empathique avec ses jeunes élèves, et ses cours étaient "zen", les enfants étaient calmes et rassurés, et quand l'un prenait peur, il prenait le temps de parler avec lui, en s'en approchant , en lui proposant des exercices sans le forcer. L'autre moniteur était plus sec, rejetant parfois d'un geste ou d'une parole lapidaire une peur plus ou moins exprimée . Et les enfants étaient nettement plus tendus . Ce type d'attitude se retrouve dans toute situation d'enseignement ( j'en sais quelque chose ..) . La plupart des peurs des enfants se règlent assez facilement par le jeu ( lui "occuper" l'esprit pour chasser l'appréhension, comme avec le chaton) . Certaines phobies sont plus difficiles à raisonner . Je pense que ce doit être plus difficile avec les adultes ( mais là, j'ai moins d'expérience ..) car ils expriment - ou admettent- moins facilement leurs peurs . Et sans doute , celui qui reconnaît sa peur peut avoir plus de facilité à la combattre . Peut-être parfois le premier pas pourrait être de faire admettre et accepter sa peur , pour mieux la contrôler ensuite ... |
|  | | mawawa
Messages: 86 Date d'inscription: 26/11/2011
 | Sujet: Re: Peur ! certe mais de quoi? Dim 8 Jan - 10:24 | |
| | zabot29 a écrit: | | L'autre moniteur était plus sec, rejetant parfois d'un geste ou d'une parole lapidaire une peur plus ou moins exprimée . Et les enfants étaient nettement plus tendus . |
j'ai appris à coups de "mais qu'est c'que c'est qu'ce b**dèle", "espèce de cul d'jatte" (qd on mettait pas assez de jambes), "t'es vacciné à l'eau d'nouille" (quand c'était trop "mou"), etc. véridique.... mais de tels enseignants existent-ils toujours? |
|  | | | | Peur ! certe mais de quoi? | |
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