CE QUI SE CONÇOIT BIEN S'ÉNONCE CLAIREMENT. ET LES MOTS POUR LE DIRE ARRIVENT AISÉMENT (BOILEAU)
 
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DU REGARD EN ÉQUITATION

PROJET DE PROGRAMME D’ENSEIGNEMENT

À la recherche d’une belle équitation respectueuse du cheval et de son cavalier.

Sera tout d’abord proposé une progression de l’enseignement. Dans un deuxième temps, propositions seront faites pour une adaptation aux réalités des centres équestres.

Il est important tout d’abord de définir ce que sont les objectifs recherchés, ainsi que de définir les différentes catégories d’auditeurs, de manière à pouvoir proposer à chacun des publics la meilleure équitation qui leur convienne dans le respect le plus absolu possible du cheval.
Les objectifs dépendent à la fois du cavalier et de l’enseignant, mais il est bien évident que l’enseignant, autant que faire se peut, se doit de s’effacer devant l’élève pour ce qui est du programme de travail (ce qui demande de la part de l’enseignant des compétences dans la plupart des disciplines équestres, tout du moins dans la phase d’initiation).

Le cavalier qui, pour la première fois pousse les portes d’un centre équestre est attiré avant tout par l’être vivant qu’est le cheval (pour ceux qui n’ont aucun lien avec le monde du cheval, mais aussi pour ceux qui ont eu la chance d’approcher les chevaux dès leur plus jeune âge). A de rares exceptions près, il n’ont aucune idée précise, autre que celles véhiculées par les médias, de ce qu’elles peuvent attendre du cheval.

Il est donc essentiel, avant tout, de parler CHEVAL, avant que de parler EQUITATION.

Avant que de rentrer dans le vif du sujet, une petite précision supplémentaire, mais de taille, sur l’état d’esprit avec lequel l’enseignant se doit de dispenser son enseignement : à l’opposé (c’est ce qui rend cette première étape difficile) de ce qui se pratique de nos jours, l’enseignant doit avoir en permanence à l’esprit qu’il s’adresse à des ÉLÈVES et non pas à des CLIENTS (cette différence, il doit ,dès le premier contact, la faire comprendre à ses auditeurs) . Si l’enseignant se doit de transmettre des connaissances zootechniques, hippologiques,…Il faut qu’il ait conscience que la majorité de ses élèves viennent pour leur plaisir dans le cadre de leurs loisirs. Il est donc évident qu’il va devoir animer ses cours afin de les rendre intéressants et d’intéresser ses élèves à la réflexion équestre). Si la composante animation est importante, il faut cependant que le message technique soit cohérent pour être accepté et être source de progrès, donc de plaisir pour le cavalier (et il ne faut pas oublier que le plaisir est ce qui fidélisera le cavalier, fidélisation importante pour l’équilibre économique de la structure !).

PROGRAMME D’ENSEIGNEMENT

NIVEAU 1 : L’ADAPTATION A LA PRATIQUE EQUESTRE

Cette adaptation doit s’envisager sous deux aspects :

- Adaptation du cavalier à la connaissance de l’animal cheval

- Adaptation physique du cavalier à la pratique équestre

1.1 : Connaissance du cheval :

Cette partie des connaissances à acquérir fera partie de chacune des étapes de l’enseignement proposé.

- Il s’agit que le cavalier sache aborder le cheval, le manipuler, le déplacer afin de prendre confiance en « cette grosse bête ». Car il est évident que l’on ne peut avoir une bonne et belle entente avec son cheval que si l’on a confiance en lui.

- À ce stade, le cavalier sachant déplacer son cheval en main, l’observera en liberté et à la longe (on pourra/ on devra à ce moment, lui faire tenir la longe et lui apprendre à diriger un cheval en liberté avec le secours de l’enseignant). Outre que ce moment le confortera dans la confiance qu’il peut avoir en son cheval, ce sera le bon moment pour lui faire découvrir de visu les allures du cheval.

- Viendront ensuite les leçons du pansage et de la préparation du harnachement du cheval.

1.2 : travail de la gestuelle corporelle :

Nous savons tous que le cavalier n’est pas fait pour monter à cheval. Sa posture de bipède n’a aucune relation avec la position assise et à califourchon que demande la pratique équestre. Il y a donc deux initiations à mettre en place :

- Faire travailler les muscles et articulations, habituellement peu ou pas sollicitées dans la position bipédale. Les exercices de gymnastique adaptés peuvent être très utilement pratiqués de manière individuelle chez soi.

- Inviter le cavalier à se trouver de nouveaux repères qui vont lui permettre de se situer, lui et son corps, dans l’espace nouveau qu’est le cheval et son environnement proche.

- Éveiller l’élève à la gestuelle corporelle, élément important du dialogue avec le cheval.

Nota : le simulateur de Peteris Klavins est un très bon outil pédagogique pour mettre en place ces différents éléments, sans que le cavalier ait à souffrir de la petite crainte ,consciente ou non, qui l’envahit les premières fois qu’il est en selle. Il ne s’agit pas, à ce stade des propositions, d’établir la liste des exercices permettant d’atteindre les buts recherchés. Cette liste sera établie lors d’une deuxième étude du programme d’enseignement : le contenu après le contenant !

NIVEAU 2 : ÉQUILIBRE, FIXITÉ, LIANT AUX 3 ALLURES

De pair avec ces buts, sera développé l’appréciation des ressentis, la finalité étant qu’au stade suivant, le cavalier soit capable d’utiliser toutes ses aides (jambes, mains et surtout poids du corps et gestuelle corporelle) pour une plus grande précision, une plus grande légèreté qui autorise une meilleure disponibilité du cheval.

Ce cursus se fera au travers de cours en manège (mise en selle, voltige, longe) qui seront individuels autant que faire se peut pendant quelques séances, avant que d’intégrer l’élève dans un cours de niveau adéquat. Les séances devront ensuite se dérouler dans des environnements variés.

NIVEAU 3 : LES AIDES

Le cavalier a maintenant la maitrise de son corps ; il a la libre disposition de ses aides, ayant acquis le liant suffisant qui le libère des soucis d’équilibre.
En intime relation avec la biomécanique du cheval, son fonctionnement dans les différentes allures et les différents équilibres de basse école, seront étudiées les aides, leurs façons d’agir, le moment où elles doivent agir, l’intensité de leur action.
Tout ceci en étroite relation avec le comportement psychique et physique du cheval. Une équitation, correctement comprise, ne peut se concevoir qu’au travers de ce qu’exprime le cheval.

NIVEAU 4 : L’ÉDUCATION DU CHEVAL

Cette partie du programme s’adresse à celles et ceux qui veulent pousser plus loin leur relation avec les chevaux.
Pour ceux qui ne sont attirés que par une pratique de base, ludique, orientée vers le déplacement (sans aucune connotation péjorative à compter du moment où les cavaliers ont le respect de l’intégrité physique et psychique du cheval), la confirmation des choses acquises alternera avec des séances, ayant pour finalité d’entretenir les cavaliers dans leurs compétences et de leur faire découvrir tous les volets que peut présenter l’équitation.

4.1 : Initiation du cheval à l’équitation :

a/ Etude des changements induits par la présence du cavalier sur le dos du cheval dans les domaines physiques, biomécaniques et psychique.
Mise en évidence des attitudes à privilégier pour résoudre ces problèmes.

b/ étude des différentes figures de manège et de leur intérêt en tant qu’exercices de gymnastique visant à améliorer la locomotion du cheval.

Initier le cheval à l’équitation, c’est le gymnastiquer pour lui permettre de porter sans difficulté, sans modification importante de sa locomotion naturelle, le cavalier. C’est lui remonter le garrot, l’inviter à soutenir sa colonne vertébrale, l’étendre en la tendant, dans une attitude horizontale qui va permettre que le cheval fonctionne correctement de la queue à la tête. L’extension de l’encolure laisse le cheval sur les épaules. Cependant, il est maintenant dans de bonnes conditions pour engager ses postérieurs et redresser son avant-main, ce qui l’amènera progressivement à un équilibre sur les hanches. Cet abaissement de l’encolure ne nuit en rien à l’attitude naturelle du cheval libre, toujours sur les épaules.

4.2 : éducation du cheval :

Le cavalier doit avoir en mémoire qu’il lui faut un cheval DÉCONTRACTÉ : car seule cette qualité permet au cheval d’accepter le poids du cavalier tout en ayant le dos libre. Car seule cette qualité permet au cheval de sentir les moindres demandes du cavalier (claires, précises, légères, à propos et rigoureuses)… Le cheval décontracté est un cheval CALME.
EN AVANT : car seul un cheval en avant peut se jouer de son équilibre à la volonté du cavalier. Car seul un cheval en avant va utiliser la machine musculaire au mieux de sa rentabilité. Un cheval en avant est un cheval qui répond à la moindre sollicitation du cavalier en travaillant avec ses postérieurs, qui est à même de modifier instantanément son équilibre pour l’adapter à l’exercice demandé.
DROIT :car la rectitude est l’équilibre parfait, mais aussi la chose la plus difficile à obtenir de façon durable. C’est la capacité pour le cheval à se déplacer ÉGALEMENT, avec la même aisance et facilité quelle que soit la direction du déplacement.

Une fois que le cheval accepte le poids du cavalier dans une attitude décontractée aux trois allures (ce qui sous entend un travail physique, mais aussi psychique parce que le cavalier sur le dos du cheval représente un stress pour ce dernier : animal proie dans la nature, c’est en étant sur son dos que le prédateur l’agresse !), commence une phase d’éducation aux aides plus poussée ; éducation psychique complexe puisqu’il faut que le cheval comprenne la signification du langage avec lequel le cavalier communique(ce qui demande justesse, précision et rigueur de la part du cavalier), mais aussi qu’il apprenne à accepter avec bonne volonté , bonne grâce et disponibilité de se soumettre entièrement à la volonté du cavalier.

Cette éducation se fait au travers des techniques que sont le travail en longe, à l’épaule, sous la selle, sur le plat comme à l’obstacle.

NIVEAU 5 : « EXPLOITATION » DU CHEVAL

Cette partie de l’enseignement concerne la spécialisation du couple cavalier-cheval (soumis à la presque seule volonté du cavalier).
Soit le cavalier sera attiré par une relation désintéressée et plus intime avec le cheval. Il poursuivra donc avec son enseignant l’éducation pour le plaisir de son cheval.
Soit il désirera montrer ce qu’il a su réaliser avec son cheval, dans la discipline de son choix : disciplines olympiques, dressage artistique, haute école, hunter, randonnée, endurance...)

Cette ébauche de programme d’enseignement a des finalités diverses :

remettre au « goût du jour » une équitation de qualité, respectueuse du cheval et de son cavalier, source de plaisir pour l’un comme pour l’autre (si tant est que le cheval puisse éprouver du plaisir à être sous la selle !). Si le cavalier éprouve des satisfactions, il sera fidélisé et ainsi l’école d’équitation pourra faire preuve de :

• rentabilité, laquelle rentabilité bien comprise ne peut se programmer que sur le moyen ou le long terme. L’important n’est pas tant qu’il y ait de nombreux cavaliers, mais des élèves qui montent beaucoup.

Crédibiliser à nouveau le corps enseignant qui redeviendra une référence technique et un conseil sur lequel les cavaliers sauront se reposer (au début de leur formation).

Motiver les enseignants afin que le taux d’abandon et d’insatisfaction professionnelle diminue.

Inviter organismes et administrations impliquées dans la filière cheval de revoir le contenu des formations et leur déroulement (quitte à dépenser des sous, autant que ce soit de manière intelligente !)

Replacer l’IFCE dans un de ses rôles d’origine : la FORMATION des cadres techniques (si cette fonction est attribuée à l’ENE, n’oublions pas que l’école des haras- haras du Pin- a formé nombre d’enseignants compétents !)

MISE EN PRATIQUE

Il est bien évident que chaque structure se doit d’avoir son fonctionnement propre. Mais il est bon que certains principes soient édictés afin que tout un chacun des parties composantes de l’acte équestre soit au courant des tenants et aboutissants.

Le niveau 1 sera au départ individualisé, afin que l’enseignant ait bien le temps d’appréhender son futur élève et de lui expliquer le déroulement de sa formation dans le temps.
L’idéal est que ces séances d’initiation se déroulent sur des demi journées, avec un nombre de cavaliers suffisants et où chacun, à son tour, sera partie agissante. C’est là un moyen d’intégrer les élèves dans des groupes et de commencer à exercer le regard des uns et des autres.
Il sera bon de pratiquer de la même manière lors des séances de découverte du mouvement une fois en selle, séances bien entendues à la longe.
Des chevaux correctement éduqués à travailler dans un rond, l’un derrière l’autre, aux trois allures, répondant à la voix de l’enseignant et à sa gestuelle, seront de bons maîtres d’école pour arriver à cet objectif d’ équilibre, de liant (au travers de séances de mise en selle, intelligemment conduites). Cette période sera aussi une phase transitoire, préparant au niveau 2 où les cavaliers débuteront un travail indépendamment les uns des autres.

Le niveau 2 peut se dérouler en reprise, avec un nombre correct d’élèves. Mais cette organisation des cours ne doit pas empêcher l’individualisation du travail, chacun ayant sa morphologie propre et devant s’adapter individuellement aux attitudes que l’on doit adopter à cheval.
Les chevaux servant de support à cet enseignement doivent être des chevaux calmes, dans un équilibre naturel excluant toute raideur et précipitation, capables de se déplacer sur des rênes détendues, en reprise aux trois allures et répondant correctement à la voix de l’enseignant ; ce afin que le cavalier ait pour seul souci d’apprendre à trouver son équilibre.

Le niveau 3 sera mis en place avec un nombre moins important de cavaliers (6 étant un nombre idéal) et des chevaux correctement éduqués en basse école, c’est à dire répondant correctement à des aides précises et correctement exécutées et connaissant les principales figures de manège (considérées en tant que gymnastique), afin que le cavalier puisse développer ses ressentis et la relation entre aides, attitudes du cavalier et mouvements du cheval.

Et ainsi tout naturellement, on en arrivera à l’éducation du cheval et à son éventuelle « exploitation » dans une discipline ou une autre.

Yves KATZ, Novembre 2012.