CE QUI SE CONÇOIT BIEN S'ÉNONCE CLAIREMENT. ET LES MOTS POUR LE DIRE ARRIVENT AISÉMENT (BOILEAU)
 
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DU REGARD EN ÉQUITATION

LOCOMOTION, RESSENTIS ET OPTIMISATION DES AIDES

L’équitation  a pour but d’agir sur les équilibres du cheval afin de donner à ce dernier le meilleur équilibre possible pour la réalisation de l’exercice demandé.

Selon l’allure prise par le cheval plusieurs membres à l’appui seront à l’appui et d’autres au soutien. Agir sur l’équilibre, c’est agir sur l’orientation des membres. Et cette action ne peut être accompagnée de résultat que lorsque le membre est au soutien.

C’est pour une optimisation des aides, pour une action juste et efficace qu’il est essentiel de sentir les membres dans leur phase de soutien.

C’est aussi pour mieux percevoir dans son corps les déplacements  de son cheval, les messages qu’il nous transmet qu’il est important de sentir les différents changements que provoquent les mouvements du cheval.

Pour bien comprendre ce que l’on ressent, il est deux choses essentielles :

- avoir un corps disponible, décontracté, bien placé et liant pour  que tout changement chez le cheval se répercute chez le cavalier. Il faut donc que ce dernier soit disponible physiquement et psychiquement pour analyser les mouvements de son propre corps provoqués par les mouvements du cheval ;

- connaître le mécanisme des allures pour faire la relation avec les ressentis et être capable de les comprendre et de les exprimer ;

- connaître la finalité des exercices de gymnastique que sont les figures de manège pour appréhender correctement les changements qu’ils opèrent chez les chevaux en éducation.

 

MOUVEMENTS DES MEMBRES

Mouvement des membres

 

Les membres n’effectuent pas les oscillations tout d’une pièce ; les rayons se ploient et se tendent alternativement. Dans les deux premières phases de l’appui, le membre amortit les réactions par l’intervention des fléchisseurs et dans la dernière phase il se tend sous l’action des extenseurs pour donner l’impulsion avant de se lever. L’arrière main est le principal agent de la propulsion. Les antérieurs n’ont une participation dans la propulsion que chez le galopeur par l’antérieur à l’appui et chez le cheval de trait qui tire une charge.

Ce qu’il est important que le cavalier ressente ce n’est pas, dans un premier temps, les mouvements que nous venons d’étudier. Ce qui est important, pour que le dialogue avec le cavalier soit le plus aisé possible, est de sentir le moment où le membre passe en phase de soutien, car c’est à ce moment que le cavalier pourra agir le plus efficacement sur le jeu de ce membre et donc sur le mouvement du cheval en phase d’appui.

Selon que l’on s’intéresse à un antérieur ou à un postérieur, du fait de la manière dont le membre est en relation avec le corps du cheval, le ressenti sera différent dans sa perception corporelle, ainsi que dans la partie du corps du cavalier où se fera cette perception.

Ainsi l’antérieur n’est en relation avec le squelette que par des masses musculaires qui rattachent l’épaule au sternum et ne  « participe » pas à la locomotion. Ce sera donc le mouvement de l’épaule du cheval que devra sentir le cavalier, au niveau de ses cuisses, ressenti qui permettra d’apprécier la phase dans laquelle se trouve le membre. Ce qui demande que le cavalier ait la cuisse correctement sur son plat et décontractée (au delà du simple fait que cette décontraction invite à la descente de la jambe et à la souplesse de la hanche, base d’un liant correct).

Pour ce qui est du postérieur, nous savons qu’il se rattache au squelette par une liaison osseuse directe. Ainsi donc, tout mouvement du postérieur entraîne un mouvement du dos que le cavalier va ressentir dans ses fesses.

En expliquant le jeu de l’épaule et le jeu de la hanche et de la croupe, nous allons pouvoir mettre en évidence les ressentis que va devoir percevoir le cavalier.

Jeu de l'épaule

Jeu de l'épaule

Sur cette photographie, tirée du livre de Gerd Heuschmann « Dressage moderne, un jeu de massacre ? », on remarque l’antérieur gauche au soutien. Cette phase s’accompagne d’une rotation de l’épaule vers l’avant, ce qui crée une « dépression «  au niveau des côtes du cheval.

Lorsque l’antérieur est à l’appui (cela s’observe au travers du thorax du cheval), l’épaule est plus droite, l’avant bras plus proche de l’horizontale et de ce fait, le creux entre épaule et avant bras est moins marqué.

 

Jeu de la croupe

La flexion d’un postérieur abaisse la croupe, de par la force de pesanteur.

LES RESSENTIS 

Intéressons nous d’abord au sentiment du postérieur. Pourquoi ? parce que l’équitation est la gestion du mouvement en avant et que ce sont les postérieurs qui sont à l’origine de ce mouvement en avant.

De ce que nous venons d’expliquer (abaissement de la croupe, « fixité » de l’articulation supérieure dans la phase de soutien), il est facile de comprendre que le lever du postérieur va correspondre avec un abaissement dans le plan vertical de la fesse du cavalier…. Ce sera donc à ce moment que le cavalier devra agir avec son mollet, soit pour un engagement plus marqué (action lors du lever), soit pour « orienter » le postérieur (action tout le temps de la phase de soutien). Et comme la nature est bien faite, la descente de la jambe qui accompagne l’abaissement de la croupe du cheval et de la fesse du cavalier va de pair avec un écartement des flancs (contraction des muscles à l’origine de l’avancée du membre) qui se rapprochent du mollet du cavalier.

Pour ce qui est de l’antérieur, c’est le sentiment d’un genou qui se rapproche de la selle qui permet d’apprécier le moment où l’antérieur est au soutien.

Il est important de sentir cette phase, car elle va permettre à la main d’agir judicieusement  pour contrôler les épaules (aidé en cela par la cuisse du cavalier si nécessaire) et pour aider à l’orientation de l’encolure et à la décontraction de la bouche et de la nuque du cheval.

Dans un deuxième temps de l’éducation du cavalier, il est nécessaire que le cavalier ait une conscience affinée du sentiment du postérieur à l’appui pour apprécier l’engagement de celui ci et son fonctionnement dans les exercices demandés au cheval, pour les déclencher, les accompagner, les corriger.

Comme indiqué plus haut, lorsque le membre est à l’appui, c’est l’articulation supérieure qui se déplace. Ce sera donc le sentiment de la hanche du cavalier qui s’ouvre, de la fesse qui s’avance qui permettra de juger du jeu du postérieur en phase d’appui.

Ce qui permet  d’exprimer ainsi la séquence du ressenti d’un membre en partant de la fin de l’appui : la fesse s’abaisse dans un plan vertical, puis s’élève progressivement en s’avançant. Bien sûr, cette sinusoïde n’est pas aussi simple : durant la phase de soutien, l’avancée du membre sous la masse mobilise la pointe de la hanche, ce qui modifie la « tension » des muscles du dos et le mouvement dans un plan vertical de la selle. Mais ces micro sensations sont moins intéressantes dans la relation membres/ aides.

ALLURES ET MOUVEMENTS DU BASSIN DU CAVALIER 

Nous venons de décrire le mouvement du bassin en relation avec le jeu d’un membre. Intéressons nous maintenant à la séquence complète des mouvements du bassin dans un pas complet (distance qui sépare deux positions identiques d’un membre)

Les allures

Les études concernant les allures ont été abondantes essentiellement à la fin du 19e siècle et au début du 20e, notamment celles de Lenoble du Theil, Marey, Sevy, De Gasté.

La mise au point d’appareils enregistreurs par Marey et la découverte de la photographie ont permis de confirmer certaines des définitions des allures émises par les grands écuyers. Il est dommage cependant qu’aujourd’hui, avec les progrès de la cinématographie et de l’informatique, personne ne s’intéresse plus à cette étude alors que les allures du cheval évoluent vers plus d’ampleur et que les allures rassemblées semblent, au niveau de la haute compétition et de ce qu’en présentent les médias, se dégrader.

Quelques définitions à rappeler :

• allure : action de marcher caractérisée par l’ordre dans lequel s’effectue les mouvements des membres dans un pas complet (intervalle qui sépare deux positions identiques d’un même membre pris comme référence de départ) ;

• poser : prise de contact avec le sol (les articulations du membre se déplient) ;

• appui : temps de contact avec le sol ;

• lever : rupture du contact avec le sol (les articulations se plient) ;

• soutien : période pendant laquelle le membre n’a aucun contact avec le sol ;

• foulée : distance au sol couverte par un pas complet.

Diagramme des allures :

- Représentation du pas

Le pas jugé

Les zones grisonnées correspondent à l’appui du membre postérieur,, les zones blanches à celui de l’antérieur.
Les membres se lèvent successivement dans l’ordre suivant (phase I du schéma) : antérieur droit, postérieur gauche, antérieur gauche, postérieur droit.

On remarque bien que le membre au soutien va se poser avant que l’autre ait fini sa phase d’appui. Cela rend le détail du ressenti assez complexe. C’est pour cette raison qu’au pas, le cavalier doit fixer son attention essentiellement sur l’abaissement de la fesse, moment où il doit, si nécessaire, se servir de sa jambe.

- Représentation du trot

Le trot classique

Le schéma montre bien la synchronisation des diagonaux, ce qui rend les ressentis beaucoup plus aisés.
Le mouvement du bassin peut donc être ressenti comme suit :

- Abaissement de la fesse gauche (le mouvement est plus complexe du fait du jeu de la hanche dans l’avancée du membre au soutien, mais trop fin pour avoir besoin d’être ressenti), en même temps que élévation et avancée de la fesse droite (en accord avec l’appui du postérieur droit (là aussi, les ressentis pourraient être affinés, mais n’apportent rien de plus à ce que de nécessaire pour la majorité des pratiquants). Au moment où commence la phase de suspension, le bassin se retrouve à l’horizontale.

- Représentation du galop

Galop

« Je définis le galop la seule allure naturelle de vitesse, parce qu’elle est la seule où la propulsion des postérieurs, n’étant pas limitée par la rencontre des antérieurs, puisse être complètement donnée par les forces et la qualité du cheval » (De Gasté)

Lorsque l’on regarde un cheval au galop, on a le sentiment d’un latéral toujours en avant de l’autre. Au galop à gauche, c’est le latéral gauche (postérieur gauche, antérieur gauche) qui semble précéder le latéral droit. Au galop à droite, c’est bien entendu l’inverse.

En comparant cette vision avec le schéma, on remarque qu’il y a un décalage dans le lever des membres d’un même latéral. Mais cette différence est trop rapide pour que le corps du cavalier en tienne compte.

De ce qui précède, on comprend aisément que le bassin du cavalier se met dans une position où une hanche sera toujours en avance sur l’autre et où la fesse correspondante sera toujours plus haute que l’opposée.
Etre à même de bien sentir cela permet de savoir à tout moment sur quel pied le cheval galops e sans avoir besoin de se pencher en avant pour regarder quel est l’antérieur qui s’avance le plus (ce mouvement du buste ne fait que modifier l’équilibre du cheval en modifiant celui du cavalier et s’oppose donc à la régularité de l’allure).

Bien avoir le sentiment de l’attitude que prend le corps du cavalier est important car il permet de pouvoir demander le départ au galop sur un pied voulu avec le plus d eprécision et de discrétion voulu, en application du principe d’isopraxie.

Transitions entre les allures

• Pas-trot : les posers postérieurs gagnent du temps sur les posers antérieurs. Ainsi, le poser du PG qui pendant le pas s’effectue sensiblement au milieu de l’appui de l’AD, arrive à coïncider avec le début de l’appui de l’AD et amène à la diagonalisation de l’allure (passage au trot) ;

• trot-pas : dissociation des posers diagonaux par l’effet inverse du précédent ;

• Trot-galop : dissociation du diagonal droit au galop à gauche, soit par avance du postérieur G dans le poser (cheval sur les hanches ou pour le moins dans un bon équilibre horizontal), soit par précipitation du poser de l’antérieur D (cheval en déséquilibre sur les épaules).

EDUCATION AU RESSENTI

En conclusion de ces quelques lignes sur le sujet, un petit mot à l’intention de mes collègues enseignants.

Cette éducation aux ressentis est essentielle. C’est elle qui conditionne tout le devenir du cavalier et qui est à l’origine du partenariat qui doit se créer entre ces deux vivants.

Elle doit être mise en œuvre dès les premiers pas du cavalier à cheval. Il faut inviter l’élève à être à l’écoute de son corps, à analyser et à expliquer les modifications, les mouvements que créent dans son corps les déplacements du cheval. Cette découverte permettra au cavalier de découvrir son corps, de ne pas appréhender le mouvement dans un équilibre qui ne lui est pas naturel, d’agir avec ses aides et de converser avec son cheval avec plus d’à propos et de justesse. Ces actions perturberont moins le cheval et donneront donc plus de confiance et de sécurité au cavalier. Elles autoriseront une entente plus intime, plus intense pour le plus grand bénéfice d’une équitation de qualité.

Bien évidemment, elle se fera en deux temps : au début de l’éducation de l’élève, on insistera sur le sentiment du postérieur au soutien. Lorsque cela sera acquis au pas, on travaillera sur le sentiment de l’antérieur, pour finir, à un stade plus avancé de l’éducation, par le sentiment de la poussée du postérieur pendant la phase d’appui.

Yves KATZ, août 2012