CE QUI SE CONÇOIT BIEN S'ÉNONCE CLAIREMENT. ET LES MOTS POUR LE DIRE ARRIVENT AISÉMENT (BOILEAU)
 
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Du bon usage des aides

DU BON USAGE DES AIDES

Nous avons vu dans un précédent article comment obtenir du cavalier qu’il ait une « main intelligente », c’est à dire soulagée de toute intervention dans l’équilibre du cavalier à cheval et totalement disponible pour converser avec le cheval ; conversation qui a pour finalité de décontracter, d’orienter, de gérer le bout de devant et d’intervenir dans le contrôle de l’allure et l’équilibre du cheval (en complément des autres aides).

Nous allons nous intéresser aujourd'hui à la manière la plus judicieuse, la plus respectueuse du cheval, d’utiliser les aides naturelles que sont le poids du corps, les jambes et les mains (l’ordre écrit ayant son importance et correspondant à la chronologie dans laquelle utiliser la combinaison des aides). Nous ne parlerons pas de la voix, tout en reconnaissant son importance dans l’éducation du jeune cheval, essentiellement lors du travail à la longe.

Pour une utilisation optimum des aides, il faut que celles ci puissent agir avec le plus précisément possible… et la précision découle d’une libre disposition de ces aides et d’une position judicieuse (position sur laquelle nous ne reviendrons pas puisque définie correctement dans tout manuel classique : le cavalier doit être assis d’aplomb, etc.). Pour ce faire, et pour ce qui concerne le haut du corps, un exercice de base permet de positionner correctement buste et bassin : une respiration ample, à laquelle participe tout le haut du corps. Cette respiration va permettre :

• que le haut du corps se grandisse ;

• que la poitrine s’éclate ;

• que le menton se relève et que la tête se redresse ;

• que les épaules se dégagent vers l’arrière ;

• que les abdominaux s’allongent, se tendent et tirent le nombril vers l’avant ;

• que le bassin avance et permette au cavalier de s’asseoir correctement sur ses fesses.

Il existe bien sûr, d’autres exercices gymniques concernant le haut du corps, mais ils ne sont à mettre en place que dans un but correctif. Cette remarque concerne aussi bien sûr les autres parties du corps. Pour ce qui est des jambes, l’exercice fondamental consiste à :

• faire une rotation de la cuisse vers l’intérieur qui va permettre la mise de la cuisse sur son plat et de rapprocher le genou de la selle ;

• tirer la jambe à partir de la hanche vers l’arrière, pour assurer progressivement l’ouverture maximum de la hanche et favoriser le jeu du bassin dans la recherche du liant à cheval.

Ces deux exercices de base seront utilement complétés par de la gymnastique pratiquée au sol avant que de monter à cheval.

Ceci étant entendu, nous allons pouvoir maintenant nous intéresser à la façon d’utiliser nos aides, étant entendu que le buste est en corrélation avec les épaules du cheval, le bassin avec son corps et les postérieurs, les jambes avec ses postérieurs et la main avec son avant main.

LE BUSTE

Il est parfaitement admis que la présence du cavalier sur le dos du cheval intervient sur l’équilibre et la locomotion de ce dernier. Il est donc évident que le cavalier qui a une parfaite maîtrise de sa gestuelle corporelle pourra se servir de son buste pour préparer le cheval à exécuter tel ou tel exercice.

Pour un changement de direction, le fait de pivoter le buste dans la direction où doivent aller les épaules va autoriser :

• le déplacement latéral des mains (les bras le long du corps), ce qui donne l’indication du pli et permet l’action de la rêne extérieure pour le contrôle des épaules ;

• une pesée plus importante sur la fesse intérieure, d’où ralentissement du côté intérieur.

Pour demander une transition descendante, le fait de prendre une inspiration ample puis de bloquer sa respiration va permettre une pesée plus marquée dans la selle et un « durcissement des épaules » qui vont faire comprendre au cheval ce qu’on lui demande. Faites l’expérience de porter un enfant sur le dos en lui demandant de rester décontracté : vous n’aurez aucune difficulté à vous déplacer. Demandez-lui ensuite de se raidir : immédiatement, vous aurez plus de mal à avancer et vous ralentirez.

LE BASSIN ET LE POIDS DU CORPS

Nous venons de voir deux exemples d’action du bassin dans le changement de direction et la transition d’allures. Nous allons essayer de détailler un peu plus ces actions.

Transitions d’allures

Une allure est le résultat de deux composantes : une composante verticale mise en jeu dans les allures de travail et rassemblées, une composante horizontale prioritaire dans les allongements.

Le bassin peut, aisément, faire comprendre au cheval ce que l’on attend de lui.

S’enfoncer dans sa selle, jambes « pesant » vers le bas, grandi dans le buste, en « remontant » le bassin va privilégier la composante verticale de l’allure et inviter au ralentissement. S’alléger en reprenant une respiration ample, décontracter ses jambes pour laisser passer le cheval « entre ses cuisses », amplifier le jeu du bassin vers l’avant va autoriser l’allongement de la foulée (amplitude plus grande dans le respect de la cadence du cheval).

Nous aborderons les cas particuliers du départ au galop et du reculer dans un prochain article.

Changement de direction

Le déplacement des épaules, qui autorise le changement de direction, est initié par une demande du buste du cavalier. Cela retentit sur le jeu du bassin et peut aussi avoir une répercussion sur les cuisses du cavalier.

Nous avons déjà vu que la rotation du buste pouvait provoquer une modification du poids des fesses dans la selle. De la même manière, cette rotation peut amener la cuisse extérieure à appuyer plus sur le quartier extérieur. Cela peut compléter l’action régulatrice de la rêne extérieure, pour aider au déplacement des épaules.

Déplacement latéral du cheval

Intervient dans cette demande le bassin, après que le buste du cavalier ait orienté ses épaules dans la direction que doivent prendre celles du cheval.

Le jeu du bassin va se faire latéralement, dans la direction que doit prendre le cheval, avec une pesée plus marquée sur la fesse du côté du postérieur le plus sollicité.

Dans le cas d’une épaule en dedans à droite (donc vers la gauche), pesée sur la fesse droite, épaule gauche avancée, déplacement latéral du bassin et poussée de la cuisse droite vers la gauche en accord avec le soutien du postérieur droit (action éventuelle du gras du mollet si le postérieur est un peu paresseux !).

Dans le cas d’un appuyer vers la droite, avancée de l’épaule droite, de la hanche droite, descente de la jambe gauche, appui sur la fesse gauche et action du bassin, de la cuisse et éventuellement du mollet gauche vers la droite, en accord avec la phase de soutien du postérieur gauche.

Cas particulier de la demande d’incurvation

La gestion du buste du cavalier permet de faire comprendre au cheval ce qu’est l’incurvation, par mise en jeu du principe d’isopraxie.

Si je désire que mon cheval s’incurve à droite, je vais incurver mon corps en allongeant mon côté gauche et en raccourcissant mon côté droit. Ce placement du buste va autoriser l’avancée de la hanche gauche, une pesée plus marquée de la fesse droite dans la selle. Le cheval ralentira son côté droit, le côté gauche s’avancera plus sous la sollicitation de la hanche gauche et le cheval s’incurvera « naturellement ».

L’ACTION DES JAMBES

Les jambes, rappelons le, agissent sur l’engagement des postérieurs, donc sur leur poussée, ainsi que sur le contrôle des hanches du cheval.

Lorsque l’on parle des jambes dans ce rôle, il faut bien avoir à l’esprit que la jambe commence à la fesse et son action est prédominante, puis vient l’intervention de la cuisse, pour se prolonger par celle du gras du mollet et finir exceptionnellement (sanction) par le talon.

Pour une transition montante (arrêt/pas, pas/trot)*, les deux jambes agissent simultanément. Cela est une éducation que l’on donne au cheval, rien au départ ne lui faisant comprendre qu’il doit se porter en avant à cette demande (au contraire, nombre de chevaux au débourrage ont tendance à se contracter et à ralentir à l’action des jambes). Bien sûr, la demande première est le fait de l’avancée du bassin par ouverture des hanches.

* Le départ au galop est une éducation faisant appel au mécanisme du galop… Nous en parlerons dans un prochain article.

L’allongement dans une allure sera demandé par une action du bassin (étudiée plus avant) et par une sollicitation des mollets qui agiront en cadence avec les postérieurs, alternativement en se calant sur le début de la phase de soutien de chaque postérieur. Car c’est à ce moment et à ce moment seul que l’excitation musculaire provoquée par l’action du mollet permettra un engagement plus important et une foulée plus ample. Bien sûr, la demande ne se fera que sur quelques foulées : préparer, demander, laisser faire (ceci étant valable lors de chaque demande du cavalier).

Pour ce qui est du déplacement latéral d’un postérieur, l’action se fera avec la cuisse et le gras du mollet, toujours en cadence avec le soutien du postérieur (car ce n’est que quand il est en l’air qu’il peut se déplacer à la demande du cavalier, dans une direction ou une autre !) et tout le temps de cette phase de soutien, pour que le déplacement soit maximum. Le recul de la jambe, nécessaire pour que le cheval comprenne bien la demande, se fera par descente de la cuisse et fermeture du genou (comme l’étrivière ne peut pas s’allonger, c’est la fermeture du genou et de la cheville qui autorisera cette descente de jambe. Bien entendu, cela n’a rien à voir avec ce que l’on voit souvent : un genou qui se plie et un talon qui remonte derrière un mollet qui se rapproche de l’horizontale !), le poids de la jambe toujours dans les talons. Ainsi, la jambe enveloppera bien le flanc et l’action pourra être plus fine.

Cuisse et bassin interviendront pour déplacer le cheval latéralement dans son ensemble (voir plus haut).

Utilisées de ces manières, les actions des jambes ne seront pas confuses dans l’esprit et le corps du cheval, et il y répondra avec plus de finesse.

LE JEU DES DOIGTS

Les mains, par l’intermédiaire des doigts et des épaules, conversent avec la bouche du cheval. Rappelons que les rênes sont tenues posées dans la paume de la main, pouce et index délicatement repliés sur les rênes.

Le contact qui va se créer entre la bouche du cheval et le cavalier doit être avant tout ressenti dans les épaules du cavalier. Ainsi, les mouvements du buste pourront participer au réglage de l’allure et de la cadence et aidera à l’orientation de l’avant main.

Le cheval ayant été éduqué et acceptant la mise sur la main* (au contact du mors sur une encolure étendue et sans contraction localisée), le jeu des doigts (fermeture en cadence avec le jeu des antérieurs) sur une main fixe** va permettre la décontraction de la mâchoire et la cession de nuque.

Normalement placées à hauteur du garrot (place neutre des mains), les mains vont se lever légèrement par un grandissement du buste afin que le mors se pose sur la commissure des lèvres afin d’avoir une action plus douce et mieux acceptée par le cheval.

• Pour un ralentissement dans une allure, action alternative des doigts.

• Pour le passage à l‘allure inférieure, fermeture simultanée des doigts sur les deux rênes. Bien entendu, les autres aides (bassin dans ce qui nous concerne ici) agiront comme déjà évoqué.

• Pour une demande de pli, fermeture des doigts sur la seule rêne du côté du pli, l’autre rêne ne contrariant pas l’action de la rêne active dans un premier temps, puis régularisant celle ci ensuite si nécessaire.

• Pour un changement de direction, le déplacement des mains résulte essentiellement de l’action du buste. Cette façon de faire permet de simplifier les effets de rênes, tout en en augmentant la palette d’utilisation. Nous allons avoir une rêne de pli et une rêne qui participe du déplacement des épaules. Ensuite, l’ »intensité de l’action, la hauteur à laquelle se placent les mains, le moment où les doigts agissent, tout cela dépendra du comportement du cheval.

*La mise sur la main, la prise de contact confiant dans le mors s’obtient par une main qui suit passivement la bouche du cheval lorsque l’encolure s’étend, qui précède cette extension pour ne pas heurter la bouche, mais sans abandonner la bouche…puis qui devient active pour indiquer au cheval l’orientation à donner au bout de devant.

**La main fixe doit être fixe par rapport au cavalier. Elle accompagne les mouvements de l’encolure par le jeu des hanches. Les coudes étant peu ou prou à la hauteur des hanches, les bras le long du corps permettront, en suivant le bassin (dont les mouvements sont autorisés par le jeu du dos du cheval) à la main d’accompagner correctement le jeu de l’encolure. Les mouvements de bras, que l’on voit trop souvent, accompagnent rarement sur le long terme la bouche du cheval et perdent la connexion permanente entre le cheval et son cavalier.

Cet usage des aides résulte d’une attention soutenue du cavalier qui sait gérer son corps, qui a acquis liant et fixité et qui est à l’écoute de son cheval. Ainsi éduqués, cavaliers et chevaux pourront créer une relation plus intime, plus respectueuse de l’intégrité physique et morale du cheval.

Yves KATZ, 2012.