CE QUI SE CONÇOIT BIEN S'ÉNONCE CLAIREMENT. ET LES MOTS POUR LE DIRE ARRIVENT AISÉMENT (BOILEAU)
 
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Débourrage du jeune cheval

UNE QUESTION, UNE REPONSE
Pour mieux connaître, comprendre et éduquer son cheval

Débourrage du jeune cheval

Ce qui se comprend bien s'exprime clairement.
Ce qui est clair à l'esprit est plus facile À exÉcuter.

Le débourrage consiste en une phase préparatoire qui a pour but d'apprendre au cheval à travailler en collaboration avec l'humain. Progressivement, le cheval se musclera pour pouvoir supporter le poids du cavalier et il apprendra à répondre aux sollicitations des aides. Selon que le cheval aura auparavant été manipulé ou non, le débourrage sera plus ou moins facile, plus ou moins rapide.

Bien entendu, cette phase doit s'effectuer dans la plus grande décontraction et avec calme ! Rappelons que le cheval a une très bonne mémoire et que les premiers contacts avec l'homme le marqueront pour sa vie entière.

Le débourrage se commence idéalement avec un cheval de 3 ans qui sera ensuite remis quelques mois au pré (idéalement jusqu'à l'automne) ou avec un 4 ans qui sera mis au travail dans la foulée (le cheval est alors presque adulte et physiquement apte à supporter les efforts musculaires et autres que demande l'équitation).

Les séances durent entre 20 et 40 minutes ; le débourrage va durer entre 15 jours et 3 semaines, selon le degré de « domesticité » du cheval.

1. LES ÉTAPES DU DEBOURRAGE

• Découverte de la surface d'évolution : 1 jour

• Travail à la longe : 3-4 jours

• Connaissance du surfaix : 2-3 jours

• Poids du cavalier :

- Selle : 2-3 jours

- Selle et cavalier

- Filet

- Le montoir

- Ensemble selle+filet+cavalier

- On retire la longe

Avant que ne débute le débourrage tel qu'il est généralement compris, il est nécessaire d'éduquer le cheval dans ses premiers rapports avec l'homme. Le cheval doit savoir respecter une zone de non intrusion qui entoure l'homme et dans laquelle le cheval ne doit pas pénétrer : il ne doit jamais se coller à l'homme, doit rester en permanence en retrait des épaules humaines et se déplacer en étant décalé de celui qui le tient en main.

Le cheval doit bien sûr connaître le licol et accepter un début de manipulation : coup de brosse et curage des pieds.

2. LE MATÉRIEL

• Un caveçon, idéalement en cuir et bien rembourré pour ne pas blesser le cheval et conserver une certaine douceur. Le caveçon se règle comme une muserolle à la française, deux doigts en dessous de l’apophyse zygomatique (celle qui fait rire !) au maximum. Il doit être suffisamment serré pour bien rester en place. Idéalement, il y aura sur le caveçon une lanière qui passera sur les joues et qui permettra au caveçon de ne pas tourner quand le cheval sera en mouvement et donc d’éviter que les montants ne viennent blesser l’œil.

• Une longe que le longeur choisira en fonction de la taille de sa main : trop grosse, elle le gênera ; trop fine, elle risquera de le blesser.

• Une chambrière.

• Le cavalier doit avoir des gants aux mains et ne pas porter d’éperons.

Dans un deuxième temps, le longeur devra ajouter à sa panoplie :

• Un filet, idéalement à aiguilles. Ceci afin qu'il reste en place dans la bouche et qu'il ait une action correcte sur la bouche lors des changements de direction.

• Un surfaix, que l’on va mettre sur le dos du cheval avant la selle, afin de l’habituer à être serré au niveau du passage des sangles et à sentir un contact sur son dos.

• Une selle, au départ sans étrivière ni étrier.

3. ET COMMENCE LE DÉBOURRAGE !

Le débourrage va commencer dès la sortie du box, sur le trajet des écuries au manège. On va expliquer au cheval les premières demandes de la voix : "Ohoh !" pour arrêter, "Marche !" pour se porter en avant.

La première séance

La première séance proprement dite aura pour but de faire connaître au cheval son nouvel environnement de travail. On le marchera en main dans le manège en lui parlant beaucoup, puis on le mettra en liberté en veillant à toujours le suivre au niveau de sa croupe, afin de l’habituer tout de suite à cette présence humaine. On le laissera se promener librement, à l’allure qu’il choisira le temps qu'il faudra. Une fois qu’il semblera avoir accepter ces nouveaux lieux, on lui demandera de se déplacer à des allures choisies par le longeur.

Dans un manège suffisamment grand, prévoir plusieurs personnes afin de pouvoir garder le cheval à la piste. C'est dans le cadre du travail en liberté qu'un rond de longe peut être utile. Rond de longe que l'on devrait plutôt nommer rond de liberté puisqu'un cheval doit être idéalement longé sur une surface rectangulaire !

La deuxième séance

Lors de la deuxième séance, le cheval sera toujours avec le licol. Il sera amené au manège en lui remémorant les demandes de la voix. Le longeur se sera muni de la chambrière pour la faire connaître au cheval. Pour se faire, il la lui passera sur tout le corps, en cherchant à ce que le cheval reste calme et immobile. Une fois que ce contact aura été accepté, le longeur fera marcher en main le cheval sur un cercle qu’il agrandira progressivement. Il est possible qu’à ce stade du débourrage, un assistant soit nécessaire pour présenter la chambrière aux hanches du cheval.

Le caveçon

Le cheval pourra maintenant être équipé avec le caveçon. Il sera conduit au manège, se déplacera sur la piste avec le longeur près de lui, sera mis sur un cercle et devra progressivement agrandir le cercle. Il faudra alors régulièrement lui demander de s’arrêter et de repartir au pas. I tout se passe bien, on lui demandera de prendre le trot. Le longeur devra veiller à rester à sa place au niveau des hanches du cheval, chambrière pointée vers les hanches.

Méthodologie

La longe, je le rappelle, représente la main du cavalier, donc doit agir avec tact et modération pour que le cheval ne risque pas de se contracter dans son avant-main. Elle doit donc toujours suivre les mouvements de la tête du cheval. La chambrière, quant à elle, est une première représentation des jambes du cavalier : elle est donc toujours proche du cheval, au niveau des hanches, prête à agir.

On travaillera aux deux mains, ce qui permettra immédiatement de sentir la dissymétrie du cheval.

À ce stade, ce que l’on recherche, c’est le calme de l’animal, la compréhension de la voix aux ordres de base.

Les transitions montantes seront demandées par la voix, appuyée éventuellement avec modération par la chambrière. Les transitions descendantes seront demandées en utilisant des ordres modulés doux et aidés, si le cheval met du temps à y répondre, par des rétrécissements de cercle. Éventuellement, on fera de petites tractions sur la longe, brèves et répétées.

Pour arrêter le cheval, les demandes de voix pourront être appuyées par des tractions sur le caveçon de bas en haut.

Il faut que le cheval se déplace dans tout le manège. Il ne faut pas rester toujours sur le même cercle.

Si le cheval s’énerve, sans tarder, retourner au pas et attendre que l’animal retrouve son calme. Bien se rappeler de toujours observer son cheval, ses réactions, sa symétrie, sa locomotion.

Il est essentiel de s’assurer dès le début du débourrage que le cheval ne soit jamais ni tenté, ni amené à vouloir faire face au longeur, quel que soit le moment où il risque de présenter cette défense (en mouvement ou lors d’un arrêt). Pour éviter cela, il suffit de veiller à toujours être bien placé par rapport aux hanches du cheval et à toujours avoir la chambrière bien orientée (et savoir éventuellement l’utiliser au moment opportun).

Le surfaix

Après quelques jours, il sera temps de faire connaître au cheval le surfaix. Au terme d’une séance à la longe, arrêter le cheval, lui présenter le surfaix, le laisser le renifler et le voir puis le lui passer ensuite sur toutes les parties du corps en veillant à ce que le cheval reste rigoureusement immobile de sorte qu'il ne risque pas d’être surpris. Il faut ensuite mettre le surfaix en place et le sangler sans serrer.

En restant à la tête du poulain, le faire avancer au pas en le rassurant de la voix. Marcher quelques pas, arrêter, repartir, et ce plusieurs fois de suite.

Agrandir petit à petit le cercle, prendre le trot, changer de main. Le cheval pourra présenter quelques défenses (contraction des muscles de l’arrière- main, queue entre les cuisses, hanches abaissées, allures rétrécies...) mais elles seront, si tout est fait correctement, de courtes durées. Cette première approche se fera sur quelques tours à chaque main.

Pendant les deux ou trois jours qui suivront, on resserrera progressivement le surfaix, en ayant au préalable travailler le cheval sans le surfaix et en prenant à chaque fois les précautions décrites auparavant. On constatera alors une accoutumance du cheval qui retrouvera ses allures naturelles et sa décontraction au travail.

Le poids du cavalier

Faire accepter le poids du cavalier au poulain peut venir ensuite ou être mis en œuvre une fois que le cheval aura accepté la selle, mais le principe reste le même.

À la fin d’une séance au surfaix, arrêter le cheval, une personne à sa tête pour lui parler et le rassurer. Un cavalier se met alors au niveau du dos du cheval, appuie ses mains sur le garrot, sautille près du cheval en s’arrêtant si besoin est au moindre signe d’énervement du cheval.

Une fois le cheval calme sur ce type d’exercice, une personne aide le cavalier à se mettre en appui en sac à patate sur le dos du cheval pendant quelques courtes secondes. Cette opération sera répétée trois ou quatre fois. Quand le cheval accepte ce poids sans problème, sans tension, le faire avancer de quelques pas, arrêter, faire descendre le cavalier, récompenser beaucoup et rentrer le cheval à l’écurie.

La fois suivante, recommencer de la même façon puis mettre ensuite le cavalier à califourchon en prenant garde à ne pas effleurer le cheval avec la jambe au passage sur la croupe. Répéter l’exercice et, si tout se passe bien, faire marcher le cheval quelques pas. Si tout s’est déroulé correctement, le poulain accepte ce poids sans problème. S’il y a des défenses, c’est qu’il y a eu une erreur auparavant. Il faut dans ce cas revenir en arrière, là où l'on a été négligeant.

La prise de contact avec la selle

La prise de contact avec la selle suit la même progression que l’accoutumance au surfaix. Il faut juste veiller à retirer étriers et étrivières au départ pour ne les remettre que lorsque le cheval se sera accoutumé à la selle. Faire alors travailler le cheval avec les étriers descendus, ce qui lui permettra de s’habituer à un contact contre ses flancs.

À partir de là, le cheval sera sellé dans le boxe et amené au manège selle sur le dos.

Si le cheval a été habitué au poids du cavalier auparavant, faire quelques exercices de montoir, mettre le cheval au pas, cavalier sur le dos, en restant à la tête du cheval, puis en le mettant sur le cercle au pas et éventuellement au trot quelques foulées.

Le montoir

L’exercice du montoir consiste pour le cavalier à mettre le pied à l’étrier en veillant à  placer la pointe du pied sous la sangle, à peser plusieurs fois sur l’étrier, puis à se mettre en selle délicatement. Le cavalier doit redescendre en prenant toutes précautions et recommencer plusieurs fois l'exercice.

Au fur et à mesure que les séances suivront, le cavalier passera de plus en plus de temps sur le cheval.

Vous remarquerez que je n’ai pas parlé de galop jusqu’à maintenant ; le débourrage s’effectue essentiellement au pas et au trot.

Le filet

Il va être temps maintenant de faire connaître le filet. Le choix du mors est important : il se fera en fonction de la bouche du cheval. Généralement, un mors de grosseur moyenne conviendra : trop gros, le cheval risque de se contracter et de peser dessus, trop fin, le cheval risque de le craindre. Muni d’aiguilles, il pourra rester correctement en place dans la bouche.

Si le cheval est correctement manipulé au box, la prise du mors ne posera aucun problème.

Au départ, le filet sera utilisé sans les rênes, avec le caveçon. Le cheval aura juste à s’habituer au contact du mors.

Travail à la longe sans, puis avec le cavalier qui, à ce moment, les rênes étant remontées, prendra progressivement le contact avec elles.

L'usage des jambes

Le cavalier commence alors à faire comprendre au cheval l’usage des jambes. Il agit en même temps que la voix du longeur, par actions décontractées, discontinues, brèves, mais marquées : action des deux jambes simultanément, puisque pour le moment, il s’agit juste de passer à l’allure supérieure.

Pour ralentir, se servir du poids du corps (se grandir, serrer cuisses et fesses) et fermer délicatement les doigts sur les rênes.

** DEMANDER PEU - SOUVENT - RECOMPENSER BEAUCOUP **

Caresser ou, mieux, cesser toute action quelques instants restent les meilleurs récompenses. Elles ont plus de valeur que toutes les carottes ou douceurs distribuées au retour au box.

4. DERNIÈRE PHASE DU DÉBOURRAGE

Première autonomie du cavalier et du cheval

Après un échauffement à la longe avec selle et filet, mettre un cavalier à cheval. Tourner quelques instants puis défaire la longe. Travailler au pas l'arrêt et le départ en essayent de maintenir à la piste. Laisser au cheval toute sa liberté d’encolure, l’encourager et le récompenser quand il s’oriente vers le bas avec élongation musculaire. Le conserver dans le calme le plus complet. Travailler très rapidement en cercle permet d’assouplir, d’incurver, d’engager, de tendre... en un mot : de décontracter.

Si tout s’est déroulé comme prévu, le cheval a gardé une grande sensibilité aux jambes et une souplesse de l’arrière-main. L’exercice de mobilisation de hanches (sortie des hanches hors du cercle) va permettre la tension de l’encolure avec cession de mâchoire et de nuque et faciliter la tension de la ligne du dos.

5. REMARQUES

■ Comme précédemment indiqué, le galop n’est pas nécessairement une allure à aborder pendant le débourrage ; le galop au début est source d’énervement et de précipitation. Si le travail au pas et au trot est correctement mené, le galop dans le calme viendra de lui-même.

■ Un poulain que l’on débourre, c’est comme un enfant à qui l’on apprend l’alphabet, puis à lire et à écrire. Si l’on brûle une étape, si l’on veut aller trop vite, les bases ne seront pas correctement comprises et acquises et cela ressortira un jour ou l’autre. Dès que l’on rencontre une difficulté, il faut savoir s’arrêter, comprendre le problème, rechercher son origine et le résoudre avant d'aller plus loin. Il faut savoir revenir en arrière pour ensuite avancer plus vite et mieux. Si le poulain acquiert de bonnes bases, cela lui sera profitable pour toute sa vie. Qui travaille doucement progresse rapidement.

■ Bien avoir en mémoire que moins le cavalier en fait, plus le cheval en donne.

■ Et pour finir, un mot de Blandine : « Pour que le débourrage se passe encore mieux, il faut rajouter un brin d’amour et beaucoup de passion ».