CE QUI SE CONÇOIT BIEN S'ÉNONCE CLAIREMENT. ET LES MOTS POUR LE DIRE ARRIVENT AISÉMENT (BOILEAU)
 
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Mécanique équestre et action des jambes

MECANIQUE EQUESTRE
L'utilisation des mains

Lors de nos précédents articles sur l’action des jambes et du poids du corps, nous avons noté qu’il existait une relation intime entre les indications des aides et les mouvements du cheval. Il en est de la main de la même manière. Mais avant que de savoir comment agir avec ses mains, il est essentiel de rappeler un certain nombre de points.

L’homme est par nature un manuel (c’est ce qui le différencie de l’animal !) ; il a la possibilité d’utiliser sa main comme outil de préhension pour bon nombre d’actions de la vie de tous les jours. Une des fonctions de cet outil est de compenser tous les problèmes d’équilibre défectueux que tout humain peut rencontrer. Se raccrocher avec la main est une fonction réflexe que tout cavalier se doit de faire disparaître ; à compter du moment où la main sert à compenser un mauvais équilibre, elle ne peut agir comme elle le doit pour converser avec le cheval.

En un mot, la main a besoin d’être déprogrammée et éduquée. Nous allons voir comment parvenir à rendre la main "intelligente".

1. EDUCATION DE LA MAIN

De la même manière que l’on va apprendre à la main à tenir les rênes, il faut apprendre au cavalier à placer correctement son haut du corps et ses bras (haut du corps grandi et soutenu, épaules dégagées, bras tombant naturellement le long du buste, coudes sur les hanches, avant bras remontés plus ou moins à l’horizontale, poignets arrondis, mains donnant l’impression d’être posées sur un ventre proéminent, l’écartement des mains résultant de la position la plus décontractée qui soit).

La première tâche que doit assurer la main, avant que d’être une aide, est de tenir les rênes, rênes qui sont l’intermédiaire par lequel va se créer un dialogue entre le cheval et son cavalier. Pour bien tenir les rênes (ce que nous verrons ultérieurement), il faut que la main soit libérée de toute fonction dans la recherche et le maintien de l’équilibre du cavalier. Ce résultat sera obtenu au travers d’exercices que n’hésitera pas à mettre en œuvre tout enseignant consciencieux.

Pour rappel, l’équilibre du cavalier est initié par du travail à la longe (sans étriers, sur des étriers raccourcis, debout, en suspension, etc.) ou en reprise si le travail en longe n’est pas possible (mais alors à des allures lentes et sans que le cavalier ne tienne les rênes, ce qui demande des chevaux calmes et éduqués).

La tenue de rêne

Parallèlement à la "mise en équilibre" du cavalier, et au début uniquement au pas, on fera faire au cavalier des exercices de maniement de rênes (ces exercices peuvent aussi avec un grand bénéfice être pratiqués en toutes occasions à pied, ce qui permettra une progression plus rapide à cheval.) Il faudra apprendre au cavalier à poser la rêne non pas dans le creux de la paume de main, mais sur les phalanges, à la tenir comme si on tenait dans la main une éponge gorgée d’eau et que l’on ne veuille pas en perdre une goutte.

Le maniement de rênes consistera à prendre une rêne dans une main, puis à la raccourcir et à la rallonger à volonté. Pour cela, supposons que nous tenions la rêne gauche dans la main gauche. Il faut la raccourcir en prenant le flot de la rêne gauche dans la main droite, entre le pouce et l’index, du bout des doigts, au-dessus de la main gauche et "tirer" sur la rêne pour la raccourcir. Dans un deuxième temps, quand les mains seront un peu plus "sensibles", on fera travailler ce raccourcissement de la rêne jusqu’à sentir la bouche du cheval au bout de sa rêne.

Pour rallonger cette même rêne, il faut la prendre toujours avec le pouce et l’index de la main droite, mais cette fois ci sous la main gauche et "tirer" vers le bas.

On travaillera aussi la tenue des deux rênes dans une seule main, en passant régulièrement les rênes d’une main dans l’autre.

Tous ces exercices, travaillés d’abord à l’arrêt puis au pas, seront progressivement, au fur et à mesure que l‘équilibre du cavalier deviendra meilleur, travaillés aussi au trot et au galop et dans toutes les positions possibles.

Tant que ceci ne sera pas obtenu, l’éducation de la main ne sera pas complète et ses actions seront un frein à la juste éducation du cheval. Une fois le geste acquis, on pourra commencer à expliquer au cavalier comment se servir de ses mains, en fonction du résultat attendu.

Le cavalier doit être conscient que l’action de la main se fera au travers du jeu des doigts sur les rênes de la même manière qu’un pianiste joue de ses doigts sur le clavier de son piano ou d’un guitariste qui effleure les cordes de sa guitare. Et ce jeu des doigts doit commencer par le majeur (pouce et index sont là pour "fixer " la longueur des rênes) pour finir par celui du petit doigt, qui est celui qui a la course la plus longue, donc l’action la plus grande.

Le mors

Le mors placé dans la bouche du cheval peut agir en deux endroits, en fonction de l’orientation donnée à la rêne :

1. soit sur les barres, si la rêne agit vers le bas et l’arrière. Sachant que la barre est une zone très sensible (peau innervée en contact avec l’os de la mâchoire, surface dure) il semble évident que tout appui du mors sur la barre risquera d’être source de douleur.

2. soit sur la commissure des lèvres, plus souple.

Il semble donc évident que c’est sur la commissure des lèvres que le mors doit agir.

Pour se faire, à compter du moment où la main veut agir, il faut d’abord qu’elle s’élève légèrement pour que le mors vienne au contact de la commissure. Cette élévation résulte d’une fermeture du coude, ainsi que d’un redressement du buste (il est important de noter que la main ne doit être considérée que comme le prolongement de l’épaule. Tout mouvement de la main part donc de l’épaule du cavalier).

Le dialogue

La main dialogue avec le cheval dans trois circonstances :

- pour régler l’allure ;

- pour indiquer la direction ;

- pour orienter l’attitude du bout de devant.

2. REGLAGE DES ALLURES :

La main va avoir pour rôle de canaliser l’impulsion. Elle interviendra soit pour une transition descendante entre les allures, soit pour un ralentissement dans une allure. Le résultat escompté étant différent, il est évident que la façon d’agir avec la main sera différente. Et que cela ira de pair avec une action complémentaire des autres aides que sont poids du corps et jambes (et la voix dans le cas de l’éducation d’un jeune cheval).

2.1 - Transition descendante

Pour passer à l’allure inférieure, après avoir soutenu ses mains légèrement pour amener le mors au contact de la commissure (mains toujours au-dessus de la bouche du cheval), le cavalier fermera les doigts sur les deux rênes de façon discontinue (comme s’il voulait retirer quelques gouttes d’eau de l’éponge qu’il tient dans les mains) par le jeu des phalanges (cf. ci-dessus).

Dès que le passage à l’allure inférieure est obtenu, ou mieux encore, compris par le cheval (il faut alors savoir être à l’écoute des postérieurs !), le cavalier doit cesser toute demande. Il cède dans sa main, sous peine, s’il prolonge son action au-delà du suffisant de provoquer une contraction du cheval qui deviendra lourd et sourd aux demandes de son cavalier.

Pour obtenir le passage à l’allure inférieure lorsque le cheval est incurvé, on peut avoir à être un peu plus exigeant avec la rêne extérieure qui a pour fonction de régler l’allure, alors que la rêne intérieure est rêne de pli (sur le cercle, lorsque le cheval est correctement incurvé, le contact est un peu plus marqué sur la rêne extérieure du fait de l’allongement plus important des masses musculaires extérieures).

Comme nous avons vu plus haut que la main commençait à l’épaule, cette action des doigts s’accompagne d’un recul des épaules et d’une demande du poids du corps qui ultérieurement deviendra progressivement l’aide dominante, la main devenant accessoire (ce qui limitera les défenses à la main).

2.2 - Le ralentissement dans l'allure

Pour demander un ralentissement dans l’allure, le cavalier agira de manière discontinue et alternative avec ses doigts, idéalement en cadence avec le poser de l’antérieur correspondant.

3. LA DIRECTION :

Contrairement à une idée bien ancrée, les rênes ne doivent pas servir à faire tourner le cheval, mais juste à indiquer une direction (cela sera explicité plus tard dans l’article sur les effets de rênes). Et ce, en application du principe "la position précède l’action" (on met le cheval dans l’équilibre du mouvement à exécuter, puis on demande le mouvement, généralement par une action de jambes - pour ce qui nous concerne ici).

Le principe est de prendre le contact sur la rêne du côté où on veut faire tourner le cheval (car, dans tous ces exercices, on commence par des rênes longues que l’on ajuste, comme vu précédemment, lorsque l’on veut agir avec ses mains et qui se rallongent dès que la main devient silencieuse). C’est pour cela que les exercices de maniement de rênes vus plus tôt sont importants et à ne pas négliger.

Prenons l’exemple d’un tourner vers la droite

Le cavalier commence par ajuster sa rêne droite jusqu’à sentir le contact avec la bouche du cheval (raccourcissement de la rêne, sans toucher à la rêne gauche). Puis, il ferme les doigts sur cette rêne en cadence avec le poser de l’antérieur droit (cette action "ralentit" l’antérieur et aide au tourner). Dès que, à la demande de la jambe, le cheval entame son changement de direction, les doigts cessent d’agir, sauf à demander un changement de direction plus serré et si l’orientation donnée par le buste n’est pas suffisante.

Lorsque le cavalier sait correctement utiliser une main pour le changement de direction, et que le travail sur le huit de chiffre, en passant d’une rêne sur l’autre est aisé, on peut commencer à enseigner à l’élève la régulation de l’action d’une main par la mise en jeu de l’autre rêne.

4. MAINS ET AVANT-MAIN DU CHEVAL :

Nous venons de le voir que la main peut orienter latéralement l’avant-main du cheval pour indiquer un changement de direction.

De la même manière, la main peut agir pour moduler l’attitude du bout de devant dans un plan vertical en participant au passage d’un équilibre sur les épaules vers un équilibre horizontal, puis vers un équilibre sur les hanches.

Décontraction de la mâchoire, cession de nuque, flexions, mise sur la main, mise en main, élévation de l’encolure... sont autant d’invites de la main. Mais ceci fait partie de l’éducation du cheval et non plus de celle du cavalier... et ne sera donc pas abordé ici.