CE QUI SE CONÇOIT BIEN S'ÉNONCE CLAIREMENT. ET LES MOTS POUR LE DIRE ARRIVENT AISÉMENT (BOILEAU)
 
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Éducation du cavalier - De l'accueil du débutant

DE LA MUSCULATION DU CHEVAL EN ÉQUITATION

1. L’INFLUENCE DU POIDS DU CAVALIER

De tous temps, le cheval a été le compagnon de l’homme et intimement associé à ses progrès. Entre autres, et c’est actuellement la dernière utilisation noble qui en est faite, le cheval aura été pour l’homme une monture.

À partir de là, on en a naturellement conclu que le cheval était fait pour porter le cavalier. Or, il n’en est rien, et le premier but de l’équitation est justement d’amener le cheval à supporter sans aucune gêne le poids du cavalier et à retrouver son attitude et ses allures naturelles, dans ce qu’elles ont de souple et d’impulsionnées.

Effectivement, la présence de l’homme sur le dos d’un cheval détruit l’équilibre naturel et produit un déséquilibre résultant d’une nouvelle répartition du poids sur les membres et d’un nouveau travail musculaire ayant pour but d’amener le cheval à se mouvoir en supportant une charge.

Il a certainement été donné à chacun d’observer les différences entre un cheval en liberté et un jeune cheval faisant pour la première fois connaissance avec le poids du cavalier.

Le cheval en liberté fait preuve de souplesse, de coulant et d’amplitude dans ses allures ; ses attitudes changent en un rien de temps : de l’arrêt, il passe avec souplesse au galop, s’arrête pile, pirouette, passage, etc., le tout sans effort, sans aucune contrainte. Il a une attitude aérienne et féline.

Le cheval nouvellement monté présentera une attitude et des allures totalement différentes une fois qu’il se sera rendu compte de l’inefficacité de ses tentatives pour se débarrasser de son cavalier et que, contraint, il aura accepté ce nouveau poids. La queue serrée entre les cuisses le plus souvent, il présente un raccourcissement des allures ; ses mouvements deviennent saccadés. Son trot n’est plus qu’un trottinement précipité qu’il prend avec du mal, son galop devient lourd et hésitant, ses changements de direction, de souples et rapides qu’ils étaient, deviennent lents, raides et difficiles. Le cavalier, mal à l’aise sur son dos, a l’impression de se trouver à cheval sur un corps rigide et en déséquilibre permanent.

Ainsi donc, la présence du cavalier sur le dos du cheval provoque chez ce dernier un trouble important. Le trouble qui se traduit chez le cheval en mouvement par une altération des allures est dû à une contraction musculaire généralisée qui amène une raideur tant longitudinale que latérale. Cette raideur, cette contraction musculaire est due au fait que certains muscles sont détournés de leur fonction naturelle pour s’occuper de cette nouvelle tâche : porter le cavalier. Le déséquilibre physiologique semble beaucoup plus important pour expliquer le trouble du cheval que le déséquilibre mécanique, mis en évidence par de nombreux écuyers et hippologues : la présence du cavalier provoque une surcharge importante de l’avant-main ; et la juste répartition de ce poids devrait faire réapparaître l’équilibre du cheval libre. Or les travaux nombreux ont montré qu’il n’en était rien.

L’équilibre mécanique ne fait appel qu’à des notions statiques.

L’équitation, elle, fait appel au mouvement, donc à l’aspect physiologique du déséquilibre : "L’équilibre instable du cheval en mouvement est le seul qui importe en équitation" (Commandant Licart). Il s’agit de redonner au cheval un équilibre physiologique qui permette un fonctionnement musculaire approprié au but.

Nous ne traiterons ici que de la musculation élémentaire du cheval, ayant pour but de lui faire accepter dans la décontraction le poids du cavalier et en utilisant pour ce faire le moins de masses musculaires possibles.

Moins le cheval fera participer de muscles pour supporter le poids du cavalier, plus il y aura de muscles libres qui pourront assurer leurs fonctions originelles et redonner au cheval grâce et naturel. Ainsi assouplies et décontractées, les masses musculaires pourront se développer, préparant le cheval à aborder dans les meilleures conditions possibles son "travail" de cheval de selle ou de compétition.

2. LES MUSCLES ESSENTIELS

1 : sterno-céphalique, fléchisseur de la tête

2 : mastoïdo-humeral, fléchisseur de la tête

3 : splénius complexus, extenseur de l’encolure

4 : angulaire de l’épaule, extenseur de l’encolure

1 : ilio-spinaux

2 :psoas

3 : abdominaux

4 : transversaires épineux

Le poids du cavalier entraîne une surcharge du pont vertébral, surtout manifeste dans sa partie antérieure, parce que plus mobile que la partie dorsale. Cette surcharge provoque un excès de pression verticale, de poussée et de traction horizontale. Pour neutraliser ces forces, le cheval renforce la tension supérieure et inférieure du pont. Le cheval prend alors une attitude, loin de son attitude naturelle, qui diffère selon les muscles employés pour rigidifier le dos. Cette attitude se traduit, entre autres, par un port particulier de l’encolure, le plus fréquent étant celui de l’encolure renversée.

Attitude 1

Ce port de l’encolure est fréquent chez un cheval long, avec généralement un dos faible.

Cette attitude est conditionnée par la contraction tonique des muscles cervicaux supérieurs (en vert) fortement raccourcis. De ce fait, les muscles cervicaux inférieurs sont allongés et plus ou moins contractés.

Splénius et complexus raccourcis redressent et tirent vers l’avant les apophyses épineuses des premières vertèbres dorsales.

La base d’encolure s’affaisse ; l’angulaire est allongé par la bascule du sommet du scapulum vers l’arrière, sous la traction du grand dentelé, ce dernier se laissant distendre par l’affaissement du tronc entre les épaules.

Les dorsaux contractés étendent le rachis et provoque un ensellement du dos. Cette extension du dos gagne l’articulation lombo-sacrée et provoque l’enfoncement du rein.

Les muscles du tronc sont sous une contraction presque générale qui retentit sur les muscles des membres. Le grand dentelé plaque l’épaule contre le garrot, ce qui réduit tous ses mouvements. Le mastoïdo-huméral, mal dirigé, ne peut donc amener au soutien la pointe de l’épaule vers l’avant. Les fessiers s’opposent à la bascule du bassin vers l’avant ; de ce fait, l’étendue de l’engagement du postérieur est réduite.

Au repos, le cheval est campé, le dos enfoncé. En mouvement, les antérieurs manquent d’extension, les postérieurs restent loin derrière sans s’engager. Un tel cheval est lourd à la main et raide.

Attitude 2

Une forte contraction des abdominaux accentue la voussure antérieure du pont vertébrale.

Le dos rein est voussé.

Comme dans le cas précédent, les mêmes muscles chevillent les épaules.

Le cheval a des gestes étriqués : les postérieurs maintenus sous la masse ne peuvent se détendre, le cheval se porte difficilement en avant et est plus ou moins acculé.

Ce schéma se retrouve souvent chez des chevaux brévilignes, aux muscles courts.

3. ATTITUDE À DONNER À UN CHEVAL NEUF

Nous venons de voir que le poids du cavalier provoquait un affaissement du tronc entre les épaules et un déséquilibre dans les contractions et élongations des muscles supérieurs et inférieurs du rachis. Il va donc falloir provoquer l’élévation du thorax entre les épaules et rééquilibrer le tonus musculaire.

Étant admis que toute élongation musculaire permet une meilleure contraction et donc augmente la force musculaire, il va falloir provoquer une extension musculaire qui se traduira par une attitude toute nouvelle du cheval. Cette attitude correspondra à une encolure étendue dans une position au minimum horizontale.

Cette attitude, si elle est prise "naturellement" par le cheval, traduit une décontraction et donc un relâchement musculaire qui va permettre une tension équilibrée des tenseurs et des fléchisseurs du dos.

Cette position d’encolure assure, à elle seule, une tension suffisante du rachis. Étant décontractés, les muscles pourront jouer librement et ainsi se fortifier pour pouvoir progressivement s’adapter à leur nouvelle fonction. La descente et l’extension de l’encolure entraînent la tension du ligament cervical et l’extension des muscles cervicaux supérieurs. Il en découle un redressement des apophyses épineuses du garrot et un affermissement dorsal par tassement des corps vertébraux.

Les muscles cervicaux supérieurs provoquent un relèvement du garrot et donc une élévation du thorax entre les épaules. L’épaule n’est plus plaquée et joue plus librement. Les muscles précédemment distendus (dentelé et angulaire) peuvent jouer et se fortifier.

Le mastoïdo-huméral, mieux dirigé, permettra un geste plus souple et plus étendu des épaules.

Tenseurs et fléchisseurs du dos trouvent en avant une insertion fixe qui permet leur tension équilibrée et un jeu plus ample des postérieurs.

L’abaissement de l’encolure laisse le cheval sur les épaules. Cependant, il est maintenant dans de bonnes conditions pour engager ses postérieurs et redresser son avant-main, ce qui l’amènera progressivement à un équilibre sur les hanches.

Cet abaissement de l’encolure ne nuit en rien à l’attitude naturelle du cheval libre, toujours sur les épaules.

4. MUSCULATION VISANT A RETABLIR L´EQUILIBRE NATUREL

Le travail de musculation doit faire disparaître la contracture des muscles raccourcis et renforcer la contraction des muscles distendus. Il existe deux méthodes pour obtenir ces résultats. L’une qui ne s’attaque qu’aux effets et non à la cause : l'utilisation des enrênements. L’autre, naturelle et positive, qui se base sur une gymnastique et l’utilisation d’assouplissements afin de permettre un jeu musculaire naturel.

1) Abaissement de l’encolure

Nous avons vu que l'abaissement d'encolure va permettre une égalité de tonus entre les tensions supérieure et inférieure, laquelle va favoriser élongation et contraction des muscles.

Nous savons qu’un muscle se fortifie grâce à une augmentation de l’afflux sanguin. Cet apport ne peut se réaliser que par l’alternance des états de contraction et d’élongation du muscle. De ce fait, tout état (de contraction ou d’élongation) permanent diminue l’apport sanguin et réduit la fortification musculaire.

De cela nous déduisons qu’il faut travailler alternativement en contraction et en élongation, ce qui suppose un travail sur le cercle avant tout. Par ailleurs, les incurvations latérales favorisent l’engagement des postérieurs et la détente et l’enjambée de l’antérieur opposé à l’incurvation.

Le travail à la longe, en s’attachant à la rectitude du cheval sur le cercle, permet de donner au cheval l’attitude que l’on recherche pour le cheval monté, favorise une musculation dans le bon sens et une fortification musculaire.

Le mouvement en avant permet l’augmentation de la tension supérieure du rachis. Les allongements d’allure obligent le cheval à utiliser l’action des extenseurs de l’encolure pour renforcer la détente des ilio-spinaux. Les fléchisseurs cervicaux se contractent pour assurer la fixité des extenseurs. De même, allongements et transitions fortifient les muscles inférieurs.

La fortification des muscles inférieurs est encore améliorée par un travail de mobilisation des hanches sur le cercle et par des agrandissements et rétrécissements de cercles qui, modifiant l’incurvation latérale, permettent essentiellement un meilleur travail des abdominaux.

Le travail en terrain varié permet lui aussi une bonne gymnastique musculaire :

- les descentes favorisent la contraction la contraction des abdominaux,

- les montées au pas obligent une détente accrue : l’encolure prend une large part au travail des extenseurs.

De même, le travail latéral (épaule en dedans, appuyers) va permettre une fortification musculaire essentiellement des fléchisseurs.

2) Elévation du thorax

Les exercices latéraux qui améliorent la tension inférieure vont permettre aussi l’élévation du thorax.

Le chevauchement d’un antérieur sur l’autre nécessite la contraction du mastoïdo-huméral pour amener la pointe de l’épaule en avant et maintenir l’incurvation de l’encolure. Il y a contraction du splénius et du complexus du même côté et allongement de l’autre côté.

Les abdominaux maintiennent l’incurvation du dos-rein et engagent le postérieur du même côté.

L’élévation du thorax doit aller de pair avec un relèvement de l’encolure. Ce mouvement suppose l’élongation préalable des extenseurs cervicaux (abaissement et extension de l’encolure), grâce à la contraction des muscles cervicaux inférieurs. Celle-ci provoque ensuite la contraction des extenseurs allongés et permet l’équilibre des tonus musculaires. La base de l’encolure, sous l’action des angulaires, est tirée en arrière et soulève le thorax. On obtient ainsi le ramener, conditionné par l’élongation des extenseurs cervicaux et la fortification des fléchisseurs et angulaires (obtenue par les transitions : arrêt-reculer et les allures latérale qui favorisent les contractions alternatives des angulaires pour incurver l’encolure ou la redresser).

Le ramener va permettre l’engagement des postérieurs, qui permettra d’arriver au rassembler, stade ultime du dressage qui permet au cheval de retrouver un équilibre naturel.

5. CONCLUSIONS

L’équilibre dans les tonus musculaires permet les incurvations du rachis. La souplesse de la locomotion réapparaît. La conduite est facilitée, les muscles décontractés étant à même de répondre aux actions fines du cavalier. Ainsi ont disparues les résistances de force (contractions localisées en réponse à une action du cavalier). Hanches et avant-main répondent avec douceur aux actions des aides.

Le cheval est alors à même d’obtenir un équilibre plus complet qui lui permettra d’améliorer ses performances et de se fondre toujours plus.

 

À RETENIR

1. Dans la locomotion, bassin et encolure se font en quelque sorte contrepoids et constituent, par leurs mouvements conjugués, les 2 agents de force principaux de la machine animale.

2. "Lorsque l’on fait fléchir une articulation, ce ne sont pas les muscles qui déterminent la flexion qu’on assouplit, mais bien ceux qui s’y opposent, car ce sont ceux-là qui doivent céder et se détendre." (L’Hotte).

3. La contraction musculaire est d’autant plus efficace que son étirement préalable lors du geste inverse a été plus grand.

4. Les déséquilibres du cheval neuf se traduisent, nous l’avons vu, par la contracture ou la distension de groupes musculaires appartenant soit à la tension supérieure, soit à la tension inférieure du pont vertébral. Le rétablissement de l’équilibre naturel doit donc simultanément détruire la contracture des muscles raccourcis et renforcer la contraction tonique des muscles distendus.

5. Releveurs de la base de l’encolure et abdominaux sont solidaires. Le manque d’élasticité des renverseurs de l’encolure s’opposent à l’élévation de la base de l’encolure et à l’engagement des postérieurs. L’adaptation du cheval doit donc commencer par une gymnastique qui fait travailler en élongation les renverseurs de l’encolure. Cette gymnastique est à base d’incurvation et d’extension de l’encolure. L’incurvation de l’encolure est incompatible avec la contraction simultanée des deux renverseurs de l’encolure. Elle oblige à l’allongement des muscles extérieurs. Le cheval, par construction, ne peut pas en même temps incurver et renverser l’encolure.

6. Les extensions d’encolure ne font travailler les extenseurs - renverseurs de l’encolure - en élongation que si elles sont faites le bout du nez s’abaissant pendant le mouvement, la nuque s’avançant. Ainsi, le cheval cède dans sa nuque et sa mâchoire et relève la base de l’encolure. Il doit cependant continuer à se soutenir dans son bout de devant !

Yves KATZ, mai 2005